Je m'en fous d'être en avance sur mon temps

Synopsis : poème homo-fréquencé, vidéo-lu par un mort s'adressant aux vivants.





Écrit par le poète queer Alain Cabello-Mosnier,
Mardi 31 octobre 2017

Texte intégral de : Je m'en fous d'être en avance sur mon temps

Non je te dis que je m’en fous
Je m'en fout d'être en avance sur mon temps
je ne veux juste pas être en retard sur le tien
Ce serait dommage que nos baisés se croisent sur un parfum
se loupent sans un regard

Après, ça peut aussi être amusant de n'exister que dans la contrainte des ombres
Moi dans ce siècle où tout se passait plutôt bien même si sa gangue a finit par me retenir quelque part puis par me déplacer ailleurs
Et toi dans cet autre que j’espère trouver en forme

Les secondes
elles font des trous dans le temps
de petites galeries qu’elles creusent et qui finissent par laisser au pied de la comtoise de la lune et de son cadran cogné
de petits monticules de nous qu’on appelle tombeaux. Certains en ont un, d’autres se trainent difficilement jusqu’au cercueil le plus proche même s'il s'y trouve déjà quelqu'un et puis, il y a ceux qui sèchent quelque part, sous un arbre, ceux qui ne finissent pas leur journée ou la commencent péniblement en se rendormant à peine levés

Comme toutes terres se voient dévolues à retenir les enfants qui s’y allongent
Foulées par leurs pieds
Réchauffées par nos corps

Moi et je sont des mots trop long pour un mort
Ce qu’il doit rester de moi devrait renoncer à s’appeler ainsi
Nous les gisants
Nous les glacés
Au fond de ces riens gelés qu’on appelle galères
- Souffrances d’anciens sols
Les défaits en leur corps

Tous ces hommes devenus tourbière
La terre n’est qu’un immense charnier tassé par une myriade de vivants
Aussi sûr de le rester que nous de ne jamais plus l’être

Dispersés on ne sait où
Sans que plus personne ne le sache

et ne se retrouvent que lorsque nos ombres se convoquent, s'allongent, l’une vers l’autre à la lueur d'une saison, d’un astre
Tu marcherai dans cette foret me cherchant du regard
Sans même le savoir et moi je serais là, sous les feuilles
Le pourrit de service

Les feuilles, ces mortes du dernier automne

Blond tout comme elles
Roux ou bruns tout comme elles
noires les veines tout comme elles
madrée les peaux tout comme elles
rongé le corps, tout comme elles
Ossifié mes rainures tout comme elles

Parmi l’humus l’oubli des morts


Et puis tu t’éloignerais
Plein de ce bien-être que tu étais venu y chercher
Je te ferais signe à travers les branches
Je serais cette ocelle de soleil qui se posera sur ta joue
Et la main agacée que tu viendra suspendre comme un auvent à ton œil contrarié sera comme un salut à nous tous

Le rêveur marchant sous un ciel qu’il se croit seul à regarder
Alors que nous sommes là depuis des millions d’années
Toutes espèces confondues

Dressé comme le berger de nos absences
Gardien de nos troupeaux immobiles en rang serrés

Gris nos visages tout comme lui
Blanc sont os tout comme lui
Peuple de camaïeux tout comme lui
Moutonneux nos crânes tout comme lui
Morticole la terre tout comme lui
L’orbite creusé par le pivert du temps
Dans chaque cavité s’agite le vers

Je ne sais ni comment je suis entré en toi
Ni comment j’en suis ressorti

Au fond, je m’en fous de tes ténèbres
Je suis un orgueil cassé
Qui attend le fagot de vos lèvres pour les bruler dans nos foyers éteints
Mais qui voudrait embrasser les morts


Écrit par le poète queer homo-fréquencé Alain Cabello-Mosnier,
Mardi 31 octobre 2017

Poésies queer dans Poésie.
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