Je pars

[ltr]Ne crains rien pour ta vie
Je ne suis pas de celles
Qui font beaucoup de bruit
Je suis plutôt de celles
Qui s’ cachent au fond d’un puits
Je suis plutôt de celles
Qui s’ disent tant mieux, tant pis
Ne crains rien pour ta vie
Et toute cette ribambelle
Qui t’entoure et te suis
Je suis plutôt de celles
Qui regardent la vie
sur une balancelle en silence
Sans un cri
D’avoir gouté ton sel
Et de l’avoir repris
Ne me fais pas de celles
Qui préfèrent la pluie
Ne crains rien pour ta vie
Je ne suis pas de celles
Qui pataugent dans le gris
Qui jouent aux violoncelles
Pour un amour fortuit
Je te laisse le fiel
Je te laisse les fruits
A jouer la jouvencelle
Avec un homme pris
Voilà que je martèle
Ne crains rien pour ta vie
Ne crains rien pour ta vie.
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[ltr]Ma décision est prise.
Je pars.
Je te laisse le souvenir brulant d’une étreinte,
sans remous, sans histoire et sans feintes.
Je pars.
Je n’ai pas oublié de fermer la fenêtre,
qu’on s’est permis d’ouvrir,
un après-midi d’hiver,
nous aveuglant de lumière,
tu sais,
la fenêtre qui donne sur la petite cour
avec les rires d’enfants,
bruyante,
avec nos cœurs qui grondent,
au milieu de la casbah,
des mains en fonte sur les portes,
des dédales animés,
des cris du marché pas loin,
des odeurs épicées,
et nous,
en se croirait en Juillet,
dans une chambre mansardée,
aux murs décrépis,
pas loin,
tout près.
S’il s’agissait d’un rêve,
c’était un rêve à deux.
[/ltr]
[ltr]Je l’ai refermée cette fenêtre,
sur toi, sur moi, sur nous,
un geste imperceptible,
fait de lettres entrecroisées,
étirées, dégoulinant de désir.
Je pars.
Sans preuves.
Est-ce une preuve que de croire qu’on peut vivre le
printemps de ses hivers,
que de voir des bourgeons sur une terre brulée,
que de voir le ciel bleu au milieu de la nuit.
Je n’ai fait que passer sur tes nombreux printemps et j’ai
fredonné la chanson de l’hiver qui n’en finit plus.
Je n’ai fait que fouler tes prairies jaunissantes.
Je n’ai fait que passer.
J’ai fredonné aussi la chanson de l’été de tous les lézards.
Je n’ai pas oublié de tirer les rideaux,
d’éteindre la lumière,
j’ai refermé la porte aussi doucement que je l’ai ouverte,
en serrant la poignée qui a vu nos mains fébriles sur elles
se poser.
Nos mains,
celles qui ont égrené les mots au fil des jours,
nos mains celles qui ont fait,
nos mains libres comme le vent,
baladeuses et légères.
Je les regarde et je ne les reconnais plus.
J’ai l’impression qu’elles ont vieillies.
Je pars.
Sans preuves.
N’aie pas peur,
je te laisse tes rêves,
je m’en extrais,
non sans mal,
je quitte mes apparats de fille du désert,
je me remets au travail,
je tisse les heures qui se trainent sur les visages blafards,
je sème les sourires qui s’aiment et qui s’inventent au détour d’un regard.
[/ltr]
[ltr]Ce sourire que j’ai décroché pour toi,
était des plus beaux,
je crois bien que je ne l’ai jamais sorti avant,
j’en ai d’autres des sourires et des rires,
c’est tout ce que je sais faire.
Le tien va se poser, abruptement, imperceptiblement,
sur d’autres peaux, d’autres hasards,
je l’aimais bien aussi.
[/ltr]
[ltr]Je te laisse l’immensité de ce désert qui a vu naitre l’envie,
De cette tente sans adresse, sans lieu-dit,
la tente des soupirs, des doutes, et des « en vie »,
mais ce n’était pas de l’amour,
c’était une trêve,
une rime fendue.
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[ltr]Je te laisse du rouge sur les lèvres soigneusement essuyé,
je n’avais pas de mauvaises intentions,
je te laisse un parfum dans sa ténacité,
je te laisse mes mots dans leur sagacité,
un parfum sans sermons, sans maitrise,
un parfum erratique.
[/ltr]
[ltr]Je te laisse le choix,
celui de ne pas me retenir,
tu ne me retiens pas,
j’en déduis que tu me mets dans un écrin avec tes cendres,
les miennes sont dispersées depuis longtemps dans les plaine de l’ailleurs.
[/ltr]
[ltr]Je te laisse le néant aussi,
car tu aimes t’y promener,
j’ai aimé partager le tien,
je m’y suis tendrement engouffrée,
J’ai eu mal, mais j’ai souris,
comme toujours,
c’est ce que je fais de mieux,
c’est tout ce que je sais faire.
[/ltr]
[ltr]Je te laisse mes esquisses sur une toile que tu rangeras
où bon te plait,
dans le grenier des erreurs fatales si tu veux
ou celui des meilleurs souvenirs.
Tu les rangeras dans les silos des amours silencieux,
des amours « on aurait pu se tuer, mais on ne l’a pas fait ,
désamour « on l’a échappé belle ».
[/ltr]
[ltr]J’ai aimé manger le grain dans tes mains,
c’était risqué
et je l’ai fait.
Je l’ai pris ce risque avec toi,
à cœur ouvert,
il faut tout simplement aimer,
me suis-je dis,
Comme une injonction,
je crois que je l’ai fait,
pardon,
à  ton insu,
c’est ce qui me sauve.
[/ltr]

[ltr]Je pars,
mais,
je crois que j’ai aimé.
[/ltr]

lifesof dans Poésie.
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