L `ESCALIER

Marie n`était pas heureuse. William son époux la trompait et l’humiliait. Il la nommait : « poussière du placard ». Un jour, qu’elle ne tintait plus, que son moral était très noir, enfoui au plus profond d’une cloche fêlée, mise à l’envers (selon l’expression canadienne), elle alla se réfugier chez Marc, son seul ami, depuis toujours. Cet être avait deux grandes passions : les hommes et les voitures de luxe, qu`il  sauvait de la casse. Depuis un an, dans son garage, il peaufinait une Cadillac qu’il réparait, « décabossait », repeignait,  et bichonnait. L’engin magnifique était prêt pour l’assaut des rues et du paraître.

Alors, tout simplement, Marc proposa à Marie, d’avaler quelques kilomètres, de se faire une toile et de partager en deux, une immense pizza.

-    Tu verras, promit-il, je vais raccommoder tes confidences, élever tes espoirs et relooker tes sourires !

Ainsi se passa la soirée puis, Marc vint raccompagner Marie devant son immeuble.

 

Les baisers fraternels furent longs, l’humour très rassurant.

Marie avait des ailes, de grands sourires en ouragan.

Elle ne prit pas l’ascenseur. Monter à pieds l’agrandirait.

L’escalier était son honneur, elle y méditerait désormais.

Elle saurait dire, elle saurait faire et braver l’adversaire.

Changer le pire, croquer le fer, tout deviendrait beaucoup plus clair.

D’une marche à l’autre, elle avançait, tel un soldat qui se battrait.

Son échelle allait, sans délai, vers une estrade qui l’attendait.

Elle monta, telle une fulgurance, pour tuer l’irrévérence.

Elle voulait son indépendance, pour panser ses silences.

Dernier étage, il était là, gestes en dénis, mots ennemis.

« Tu es en retard, d`où te voilà ? Faut pas te croire bien accueillie !

J’ai tout vu depuis le balcon, tu n’es qu’une putain sur le tard,

Je t’enlèverai tes illusions, tu n’es qu’une poussière de placard. »

Marie sourit, il l’aimait donc. Est-on jaloux sans brin amour ?

Elle allait le rendre parfait et changer l’horizon des jours.

De sa bouche qui vomissait, William sortit sa suffisance :

« Jamais, tu entends, jamais, je ne pourrai une telle dépense,

Cette voiture, je la voulais, mais il m’aurait fallu l’aisance !

Tu n’es qu’un nœud sur l’abondance,

Un trou béant sur mes finances,

Une poussière à mettre en potence,

Un vieux placard sans importance !

Cette voiture, oui… je la voulais….. .

 

 

 

 

ange dans Poésie.
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