La banane

Une banane, en Afrique

Je venais d’un pays où la peau était claire,

Avec toutes mes envies et pas mal de frontières.

J’avais faim de pouvoir et pas un seul tourment,

Je croyais mon savoir digne d’un monument.

Pour moi le mot « voyage » me vêtait en touriste,

Le caviar à ma table était tête de liste.

Mes mots valsaient sottises, mon bonheur était sûr,

Même l’océan soumis me léchait la figure.

Et puis… au gré des jours, je la vis, sans chaussure,

Cette enfant de l’amour perchée sur des ordures.

Elle berçait doucement une poupée  en or,

Une peau de banane, son unique trésor.

Mon cœur était coriace, mon soleil en colère,

J’avais des lunettes classe, une casquette à visière.

Un visage fleur de lys, de la soie sur ma peau,

Mon parfum « Injustice », des souliers en croco.

Dans une main elle serrait sa banane magique,

De l’autre elle dégustait un morceau d’élastique.

Elle semblait un moineau picorant du plastique,

Et chantait pour sa faim tout en restant pudique.

Je n’étais plus très claire, me sentais dérisoire.

La honte sur mes grands airs pleurait des larmes noires.

Elle quitta sa merveille et m’offrit sa banane :

-    C’est ma poupée dit-elle, t’es triste car t’en as pas !

Je lui ouvris les bras et pour la première fois,

L’Afrique m’embrassa et je connus la joie.

Pas celle de l’encensoir, ni celle du vantard,

Celle du savoir aimer au-delà du regard.

  Mahlya

ange dans Poésie.
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