La batellerie et autres souvenirs...

 
On aurait dit une vraie bataille à la batellerie
Tout s’entrechoquait les uns dans les autres
Tous s’entrechiquaient les uns et les autres
 
Seul, nonchalant, à quai reste le chaland.
L’écluse se remplissant,
L’eau du canal écumante,
Les hommes à la rage bouillonnante…
 
Celui- ci  avait un beau teint hâlé
Il a tant crapahuté sur le chemins de hallage
Qu’il était mal sur ce bateau vert métal
Le bon vieux, capitaine de la  « fluviale »
   
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Au transport des eaux douces
Eau, toi fluide qui nous pousse
Lignes courbes aux allures vénales
Dont les bruits resterons dans les annales
Tes écluses comme des valvules
Régulent le passage des véhicules

La péniche, qui, comme les globules rouges

Apportent de l’oxygène, à pleine fourche
Je reste sur le rivage, sur le passage,
Toi chemin de hallage
Toi qui a vu les pieds et sabot
Du jeune matelot ou encore du bourricot.
Des bourricots il y en a plein mais qui tirent
le monde derrière eux,
il y en a peu
comme si ce n’était pas assez dur
on lui fait remonter avec endurance  la Rance
la patron lui est batelier
et sur le bourricot il joue de la trique comme d’autres joue de la batte
il trouve que celui –ci se traîne
dérives et  des verres ,
des vers et des rives
ses vers s’enivrent…
 
 
 
 
 
 
 
 
De Nantes à Brest, la digue du …  poursuit son chemin
On y voit son chaland
Poupe et Proue, la pipe  au bastingage
Lui et elle, sont des Marins d’eau douce,
La bite d’amarrage bien loin du Baobab de Bamako
Longue et droite est le canal bien étroit
Langue étroite, des berges… accueillantes et fleurissantes…
Jaillit la source inépuisable  ô fluide intense…. Fabrique humaine.
Arsenal de déliquescence, délèchante, quand se délestant, elle remonte …
Mitraillette, en a plein la tête , et pour autant crie à tue tête…
« Baisse ta culotte c’est moi qui pilote,
Ouvres donc les écluses milles barbuses … »
 
La main à la barre, la casquette sur l’rail d’Ouessant,
Il aurait tant voulu qu’on le prenne pour un vrai matelot..
pas pour un grouillot….
De Nantes à st Malo,  de Lorient à l’océan…
Tous s’arrêtent aux écluses, il n’y a plus qu’à  écluser

Nos regrets dans l’amertume d’une bonne blonde

ou d’une brune de GuingamP,
Dans le Malt d’un mât de misaine
Qui jamais ne trouva place dans nos chalands à  fond plats..
en avant toute le gaillard d’avant et la proue étincelante…
la mitraillette se bat et se taille une légende….
 
  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Fait ton chemin comme un fleuve
Surmonte les vagues et la peur
Sur ton passage fait d’épreuves, fait tes preuves…
Le courage et le travail s’embellit comme une fleur
Minéral, mine et râle, mine et rame
flux et vieil hâle et âge
cime et tiers, des berges en amont et en aval.
Quelle belle métaphore du temps qui passe….
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Fleuve si noir, canal si froid l’hiver
Pleuvent les sanglots des longues et tranquilles
Navigations fluviales…
Peuvent –ils encore nous voir, ces bateliers si altiers ?
Crève leurs yeux ! Enivré de torpeur
Lointain est le chemin
Certaine la fin de ces chemin de hallages ?
Encore moins celle de ces montures de métal,
Qui deviennent maison des souvenirs vivants
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Les brumes me fouette les vis-ages

Et guide mes pensées vers un rivage
je suis sur le chemin, tranquille
où péniches et radeaux se côtoient
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La pipe à la bouche
Le batelier nonchalant
Mène avec douceur son chaland
Il remonte à la source
Canal de Nantes à Brest
De son sillage lui reste

Une main à la barre

Son esprit et au bar, où l’attend son aimée
Il se rend à l’arsenal
Les kilomètres en aval
Auxquels lui répondent
Les kilomètres en amont
Au large les miles ne comptent pas,
Ici les nœuds sont sans rapport à l’accastillage
 
Les canaux comme des dédales
Où circulent des péniches à pédale
Mais tractées par des mulets
Seront propulsés par un Chevrolet

Les bateaux naviguent sur les mers

Excitées, où les eaux accablées d’une brise
Essoufflées par les dieux au courroux
 
 
 
 
 
Un jour : Mitraillette
 
Histoire de vie, d’une vie,
D’un travail, sans tempête…
Sans vent de suroît et de noroît.
Ça domine et ça anime la batellerie
Il y a les vivants, dit Maupassant,
 les morts et ceux qui vivent sur l’eau.
Et Y’a eu les subventions pour déchirer les bateaux.
1895, première soudure, 8 mm d’épaisseur,
de carbone et d’acier et d’hydrocarbure.
Un rivetage pour répondre à tout usage.
Tous les dix ans le hors d’eau, pas hors d’état
juste pour la carène et la peinture
une bonne remise en état.
 
le Saint Paul ne repose pas en paix,
il reste à quai
avec quelques congénères
 à croire que peut-être,
bientôt les canaux, les écluses,
les hommes n’auront plus d’excuses…

Fabien Rogier dans Poésie.
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