La cloche a sonné, l'école est finie.

C'était en 1959, je crois bien, au petit collège, rue Gustave Cuvelier à Calais.

Le temps devait être gris ce jour là et j'entend encore la cloche sonner. Un dernier baiser à Maman, et d'un pas hésitant, l'esprit troublé et apeuré, je grimpais les trois marches, qui mènent à la grande cour.

C'était déjà un monde de grand, je me sentais si seul avec mon duffle-coat sur le dos comme seul ami.

Un coup de sifflet strident vint mettre fin à mon isolement.

Rangé en ligne deux par deux, nous attentions. L'institutrice arriva, ouvrit un grand cahier rempli de noms et nous appela par ordre alphabétique, et nous levions le bras.

Puis vint l'instant tant attendu et redouté où l'on s'installe sur nos bureaux d'écolier en bois qui sentaient si bon la cire, avec au centre de la classe, un grand poêle à charbon, son sceau rempli de petit boulets noirs, son interminable tuyau se perdant dans le plafond jauni.

Un coup de règle en bois, nous fit tous se lever dans un grand silence et l'on se présenta chacun son tour, habillé de nos nouveaux tabliers bleus pour les garçons et roses pour les filles, à notre nouvelle maîtresse, madame Rose Tirard.

Portant le regard au travers des petits carreaux de ma nouvelle classe, je regardais tomber les feuilles jaunis, tombant du gros marronnier qui trônait tel un seigneur au beau milieu de la cour de récréation.

Mon regard se portait maintenant sur mon nouvel environnement, et je découvris curieux et inquiet, l'armoire aux livres, aux cahiers , le grand globe terrestre, le grand tableau noir avec la date du jour, dans une belle écriture, les équerres, compas et rapporteur en bois de couleur jaune, les boites de craie, les bouteilles à encre violette, les ardoises, les portes plumes en bois, les boîtes de sergent major, les encriers en porcelaine blanche, les cartes de France et d'histoire, signées Rossignol accrochées de chaque côté du grand tableau noir.

Oui j'étais bien au petit collège, en douzième.

Mon voisin s'appelait Didier, je crois bien, il avait d'affreuses lunettes, et certaines l'appelaient déjà le hibou.

De quel nom allait-on m'affubler ?

Midi arriva, la cloche sonna et en ordre impeccable nous sortions fiers ou soucieux.

Certains prirent la direction du réfectoire, tandis que d'autres plus chanceux, rejoignaient la grande grille rouillée, que le concierge ouvrait avec peine.

Ma mère m'attendait souriante, avide de connaître mes premiers ressentis. Je m'introduis rapidement dans la vieille 2 cv grise.

L'aprés-midi, je me fit des camarades, j'avais sorti pour l'occasion mes plus belles billes, mes grosses agates et osselets, et pour les filles, mes beaux scoubidous multicolores.

Mon stock de billes avait diminuer, mais je n'étais plus seul...

La veille des Vacances de Noël, notre Maîtresse nous apprenait des chants de fêtes, dont le fameux
: " le petit tambour ", et nous chantions ravis, en regardant tomber la neige dans la cour, devenue  pour un temps, un champs de bataille, pour nos bagarres de boules de neige.

Nous nous retrouvions ensuite près du vieux poêle ronronnant, diffusant une douce chaleur, réchauffant nos mains rougies, par le froid.

Mais nous avions le sourire aux lèvres, on savait à l'époque se contenter de plaisirs simples.

En ces Fêtes de fin d'année, nous préparions de jolies cadeaux pour nos chers parents, fait de bric et de broc, mais l'intention et la pureté de nos intentions, étaient pour ceux-ci, le plus beau des cadeaux.

Vint Pâques, apportant le printemps. Le vieux marronnier se couvrait de jeunes feuilles, écharpes et mitaines étaient restés à la maison.

Nous étions bien, dans l'intimité de notre classe, parfois nous apportions des fleurs et des branches de lilas à notre chère institutrice, qui nous remerciait d'un chaleureux sourire.
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Nous l'aimions et la respections, même si parfois au coin, les mains sur la tête, nous la maudissions un peu.

Les grandes vacances arrivaient à grands pas, les oiseaux  nous berçaient de leurs chants mélodieux, et notre cher marronnier, nous faisait de l'ombre, pour que l'on puisse se protéger des grosses chaleurs de l'été.

Nous attentions, fébriles, nos notes de fin d'année et notre classement inscrit sur le terrifiant registre de notre maîtresse, essayant bien maladroitement d'y déceler des traces d'encre rouge à côte de nos noms.

Nous avions si peur d'avoir de mauvaises notes , de devoir redoubler, la punition des parents, et puis quoi, notre fierté de petits hommes n'y survivrait surement pas ...

Le dernier jour de classe, fut magique, nous pouvions apporter en classe nos soldats, nos châteaux fort en carton, nos belles voitures en métal, dinky-toys.

Et puis, comme un adieu, un hommage à cette classe où tant d'émotions, de craintes, de soupirs, de rêves, de plaisir de découvertes aussi, ont imprégnés à jamais nos âmes d'enfants, nous cirions nos vieux bureaux d'écolier aux étranges hiéroglyphes sculptés en cachette avec nos plumes.

L'on eu droit bien sur, aux petits mots de la maîtresse, à la photo de fin d'année, assis sur des chaises ou par terre, une ardoise marquée de l'année : 1959_1960.

Nous embrassions une dernière fois notre Maîtresse, lui offrant bouquet de fleurs, poèmes, cadeaux, chocolats...

La cloche sonna pour la dernière fois en ce début d'été 1960, et saluant notre chère, très chère Maîtresse, nous nous promirent de nous écrire et de se retrouver peut être à la prochaine rentrée de septembre.

Adieu, chère école, parfum d'antan me dis je en caressant, nostalgique, la vieille photo jaunie.

Le temps a passé, et pourtant mes souvenirs sont si présents, oh temps ne peux-tu suspendre ton vol, me ramener le temps d'un doux soupir dans ma chère école, au parfum d'un temps où l'innocence et le respect étaient roi.


Marc de st Point.

Marc de St Point dans Poésie.
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