La complainte de lady Jane

Que dit le vent, que dit le vent,
Vient-il attiser mes tourments ?
Il souffle si fort sur la lande,
Il souffle si fort ses guirlandes
De givre mort et d’épouvante,
A-t-il quelques sombres nouvelles,
Va-t-il éteindre les chandelles
Et m’engourdir dans cette attente ?

Où êtes-vous mes beaux vaisseaux,
Fier Erebus, puissant Tremor,
Votre amiral pantocrator,
Toi, mon époux, toi, mon flambeau,
As-tu vaincu les sortilèges
Qui vocifèrent dans les neiges,
As-tu traversé cet enfer
Parmi ces bourrasques polaires ?
La ciel et son linceul de glace
A-t-elle enseveli ta face
Dans ce silence intemporel
Où le néant devient réel ?

Avec cent matelots hardis
Un jour, tu quittas ta patrie,
Tu cherchais au cœur de l’arctique
Une conquête fantastique,
Ce long passage fabuleux
Où tu verrais enfin les Dieux,
Dans les lumières boréales,
Verser la coupe du St Graal.

Mais les tornades véhémentes,
Mais les spectres des avalanches
Qui toutes les nuits se lamentent,
Ont-ils démantelé les planches
De tes frégates pétrifiées
Dans ce chaos de mer gelée,
La peur et sa crinière sombre
A-t-elle rugit dans ton coeur
Où s'étaient réfugiées les ombres
De tes souvenirs en frayeur?

Que dit le vent, que dit le vent,
Vient-il apaiser mes tourments ?
Il souffle trop fort sur la lande
Dans sa cruelle sarabande,
Il m’a apporté ce matin
Un bouquet de noirs chrysanthèmes,
Le convoi des nuages blêmes
Qui s’en allait vers le lointain
A sangloté à ma fenêtre
A travers les branches d’un hêtre
Qui pianotaient sur le carreau
Un douloureux oratorio :
« Laisse-moi brûler, mon amour,
Dans cet hiver où meurt le jour,
Laisse-moi toucher ton visage
Dans ce miroir où fuit mon âge ».

Jane Griffin, ou Lady Franklin à la suite de son mariage, née à Londres le 4 décembre 1791 et morte le 18 juillet 1875, est une pionnière en Tasmanie, grande voyageuse et seconde épouse de l'explorateur John Franklin.Le 5 novembre 1828, elle épouse John Franklin. En 1836 son mari est nommé gouverneur de Tasmanie. Elle porte un vif intérêt à la colonie, explorant l'île.
Après la disparition de son mari dans l'Arctique lors de l'expédition qui porte son nom, elle exhorte l'Amirauté à envoyer une équipe de recherche. Après trois tentatives qui échouent, les Britanniques concentrent leurs efforts sur l'Arctique au point que « trouver Franklin soit devenu rien moins qu'une croisade ». Des ballades comme Lady Franklin's Lament, célébrant Lady Franklin à la recherche de son mari perdu, deviennent populaires

banniange dans Poésie.
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