La Marche

Je m'échinais, soufflant comme un boeuf
De bât, ma besace de travers, j'arpentais le tréfonds d'un univers
Que la nuit rendait affreux,
Aussi peu sûr que pervers, et plus froid que le souvenir de tes yeux.

Puisque mes godasses me portaient,
Encore un peu, sur le chemin des volontés de fer,
Je poursuivais l'effort jusqu'à l'auberge des plaisirs d'été,
La maison de douleur des écorchés.

Les rats aux basques et des chauve-souris dans le crâne,
Balançant de droite et de gauche comme on arpente le flanc de la montagne,
Je pâtissais d'émotions pardi :
La peur refoulée, l'ébauche du fiel, l'amour champagne.

La roche écorche mes semelles, mon cuir coupe
A peine les bourrasques du vent, où sont les affres de juillet ?
L'heure est aux bains chauds, aux vins d'épices et aux soupes ;
Ma maison de douleur s'est affirmée.

La vermine menace, les campagnards se cloîtrent, c'est l'heure
De la décimation, je cours encore sur le sentier sans fleurs,
Le mal en moi, porté sur le pays sous mes frusques,
Mon coeur entier voué sans envie à se trouver une âme-sœur,

Sans doute, sans doute. Mais ces envies de saillies brusques,
Je ne les étreint jamais. Par le feu ! Où se cache la saison des fées ?
Mon temps sur le pavé effleure bientôt l'éternité...
Relents de haine, esquisse feutrée, parfum de musc.

olivedzep dans Poésie.
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