La petite maison.

L'oiseau vint tôt le matin, réciter sa nouvelle partition, le chant de la nature, l'ode au matin nouveau.

Les rayons du soleil, perçaient les brumes timides de la nuit.

L'ombre était devenue lumière aux mille visages, sublimant les couleurs de vie.

Le petit chat, s'étirait doucement sur le perron de la petite maison.

Un rouge gorge était posé sur le grand sapin bleu.

De part la porte entrouverte, l'on pouvait sentir une bonne odeur de café, car tout le monde sait que
grand-mère sait faire du bon café...

C'était au dix rue du paradis, une maisonnée modeste, mais au charme intemporel, avec ses petites fenêtres à croisillons, ses couleurs de lavande, ses innombrables pots de fleurs.

Les glycines embaumaient le jardin aux vieux arbres centenaires, bonheur d'une faune d'habituée, de buddleias remplis de papillons en ce lieu paisible et romantique.

Tout semblait parfait et immuable mais, dans cet ancien quartier, le site était prisé des promoteurs, plus sensibles aux bénéfices qu'au charme de cette vieille bâtisse, où vivait,  Eugénie.

Elle était simplement heureuse de vivre dans la maison de ses parents, avec son chat Arthur, son canari, et tous ses souvenirs disposés un peu partout.

La visite du promoteur l'avait fortement contrariée, on lui proposait une somme modeste pour le rachat de sa maison avec son petit jardin boisé, ou de lui donner un petit appartement, un F2, sans balcon, sans fleurs, sans âme, un petit mouroir, endroit sinistre, fondu dans la multitude des nouveaux appartements qui fleurissaient partout autour de sa demeure, un îlot de bonheur, de charme, promis à l'avidité des agences immobilières et promoteurs, nul sentiment en ce monde, où la priorité est l'avoir sur l'être.

Eugénie était bien seule avec son chat, son canari et ses chers souvenirs, écrasée par la force de l'argent, mais que faire quand on a 85 ans, seule avec peu d'économie, sinon subir la puissance aveugle et destructrice du monde des finances.

Elle avait beau supplier, pleurer, prier, rien n'y faisait, la pression incessante de l'expropriation se profilait à l'horizon comme une ombre menaçante, rien ne pourrai donc la sauver ?

Une journaliste, intriguée par la résistance de la vieille dame s'en émut, elle venait de perdre sa grand-mère, et savait l'angoisse et la peur que l'inconnu et le changement suscitent chez les personnes d'un grand âge.

Elle demanda aux divers partenaires du complexe immobilier, si aucune  solution n'était possible ?

La réponse tomba comme un couperet, aucune solution, la date fatidique de l'expropriation approchée
à grands pas, elle restait prostrée, caressant son petit chat, le geste maladroit et l'oeil humide, l'angoisse comme compagnon.

La presse s'empara de l'affaire, le nom de la vieille dame fut connu.

De l'autre côté de Paris, à Versailles, un ancien promoteur, devenu sénateur, se prit de sympathie pour cette gentille mamie, se rappelant à la lecture de son nom et son prénom, qu'elle fut, il y a bien longtemps sa maîtresse d'école, une maîtresse d'école douce, aimante, patiente , à l'écoute de ses élèves, soucieuse de leurs réussites.

Il fit si bien, et avec tant d'ardeur, que les promoteurs et la mairie décidèrent d'un commun accord, de construire un square à la place d'un petit HLM, et ainsi sa maison sera épargnée des dents des bulldozers, et la vie et le charme continuerons donc en cet espace préservé miraculeusement.

Il y a quelquefois des miracles, des destins heureux et justes, pour que vive le souvenir et le respect d'être simple mais infiniment plus riche que le plus riche des promoteurs.

Petit rouge gorge reviendra chanter, petit chat continuera à ronronner, et Eugénie profitera et vivra désormais sereinement parmi ses souvenirs d'une vie simple et belle.

Marc de st Point.

Marc de St Point dans Poésie.
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