La poésie : cette illustre méconnue

Ce texte est une réponse à La poésie : cette Illustre méconnue de Lucie Laval.
Merci Lucie pour cet exposé si éclairant sur la poésie dont le prestige a franchi allègrement les millénaires. Il convient d'ailleurs de souligner que le roman si prisé aujourd'hui par les éditeurs, ne connaît en France une réelle vogue que depuis la première moitié du dix-neuvième siècle.

Ce magnifique quatrain de Gérard de Nerval sonne souvent à mes oreilles :
Je suis le ténébreux, - le veuf, - l'inconsolé,
Le prince d'Aquitaine à la tour abolie
Ma seule étoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la Mélancolie.

Georges Pompidou, dans son "Anthologie de la poésie française", a su trouver des mots fort pénétrants, pleins de sagacité, au sujet de la poésie et des poètes.
Celle-ci m'a inspiré le petit article ci-dessous :  

"Je recommande vivement la lecture de cette merveilleuse anthologie.
Il est agréable de constater qu'un homme politique ayant assumé les plus hautes charges de l'Etat - il fut successivement Premier ministre et Président de la République - était animé d'une véritable passion pour la poésie.
De celle-ci, en préambule, il donne même une définition très heureuse : "Lorsqu'un poème ou simplement un vers provoque chez le lecteur une sorte de choc, le tire hors de lui-même, le jetant dans le rêve, ou au contraire le contraint à descendre en lui plus profondément jusqu'à le confronter avec l'être et le destin, à ces signes se reconnaît la réussite poétique."
C'est donc par ses effets que l'ancien normalien parvient le mieux à appréhender les caractéristiques de ce que l'on appelle la poésie. Souvenons-nous de la célèbre formule de Paul Eluard : "le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré".
Il va de soi cependant que tout lecteur d'une anthologie se trouve fatalement en désaccord avec certains choix de son auteur.
Ce fut mon cas évidemment. J'eusse aimé que Rimbaud dans ses oeuvres versifiées occupât une place plus importante. Quantitativement, les poèmes classiques de Baudelaire semblent jouir d'un traitement de faveur par rapport à ceux de Victor Hugo. Marceline Desbordes-Valmore est quelque peu réduite à la portion congrue.
Mais qu'importe ! Dans ses grandes lignes, l'anthologie pompidolienne tient ses promesses. Ce sont bel et bien globalement les plus beaux poèmes de la langue française que Georges Pompidou nous invite à découvrir ou à redécouvrir.
Ne cédant en rien aux sirènes de la mode, celui-ci non sans sagacité sait faire la part de l'essentiel et de l'accessoire. Les engouements passagers, les affichages hasardeux, les raccourcis caricaturaux, le snobisme ambiant sont tour à tour dénoncés, pointés du doigt avec la sévérité idoine. Car derrière les mouvements de surface, Georges Pompidou sait voir les oeuvres majeures, les massifs incontournables de notre Panthéon poétique.
Autre point positif à mes yeux, Corneille et Racine y font leur entrée dans des proportions significatives. Après tout, Georges Pompidou n'a pas tort de hisser ces deux dramaturges au rang des meilleurs poètes ; leurs tragédies à maints endroits sont pleines en effet de beautés poétiques, et il eût été dommage de se priver de telles pages.
Un regret pour finir. D'après des critères sel'on moi fallacieux, Georges Pompidou écarte sans vergogne les poèmes en prose de Baudelaire et de Rimbaud, jugeant que ces derniers restent assez bien représentés par leurs vers. Fâcheuse erreur ! C'était mettre des bornes à un art qui depuis le dix-neuvième siècle avait exploré des voies nouvelles.
Malgré des réserves, un sentiment général prédomine en guise de conclusion. Comparativement aux autres - dans ce domaine le pire côtoie souvent le meilleur - l'anthologie de Georges Pompidou a plutôt fière allure. Equilibrée, riche, exigeante, émaillée de commentaires d'une rare finesse, celle-ci en fait ne manque pas de charme ni de séduction. On s'y plonge avec ravissement. On y fait mille découvertes. D'Eustache Deschamps à Paul Eluard, une évidence bientôt s'impose à chacun : la poésie française est l'une des plus grandes qui soient.
Et Georges Pompidou s'est grandi lui-même en nous offrant ses in'estimables pépites." 

Thierry CABOT dans Poésie.
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