La poésie du dix-huitième siècle

Histoire de la poésie française (t.4) : la poésie du dix-huitième siècle de Robert Sabatier

Romancier populaire féru de poésie, Robert Sabatier se doit d'être loué pour le travail colossal qui fut le sien. Sa culture encyclopédique jamais prise en défaut le prédisposait à l'évidence à ériger un tel monument en faveur de ses pairs.
Le dix-huitième siècle hélas ! celui de Voltaire, Diderot et Rousseau, engrange à lui seul un nombre invraisemblable de mauvais poètes. Quand nous lisons par exemple l'abbé Delille ou Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, l'effroi tout à coup nous saisit. Plats, boursouflés, leurs vers en habit d'apparat sonnent piteusement à nos oreilles. Les formules les plus éculées s'y donnent libre cours ; on se demande même s'il s'agit là de poésie.
Car pendant quelque soixante-dix ans, des poétaillons de troisième zone vont avec une constance et un aplomb inébranlables créer une littérature quasi immangeable.
Oubliés ! Villon, Ronsard, Corneille et Racine. Face à eux, Malherbe en personne eût presque fait figure de génie universel.
On reste en effet abasourdi devant tant de platitudes, tant de médiocrité.
Il faut dire que depuis longtemps le grand Voltaire lui-même - tellement plus versificateur que poète - ne se prive guère aussi de taquiner la muse. Ironie du sort, ce dernier confiant en son étoile croit égaler ses brillants aînés. La postérité évidemment lui donnera tort ; il ne leur arrive pas à la cheville.
A peine moins insignifiant, Evariste de Parny trousse quelquefois une strophe honnête mais nous restons vite sur notre faim : le souffle et l'originalité lui manquent.
Pour s'en être inspiré, Lamartine a d'ailleurs plus tard involontairement contribué à populariser son nom.
Le plus souvent, à la lecture de cette bouillie indigeste, les bras nous en tombent. Si l'esprit règne en maître au siècle des Lumières, la sensibilité, elle, a bel et bien déserté les coeurs. Jamais autant de vers de mirliton n'ont été composés ! Jamais la superficialité, l'enflure et le mauvais goût n'ont autant eu le vent en poupe ! Un homme né en 1700 et décédé en 1775 aurait pu croire, sans beaucoup d'imagination, que la poésie était morte à jamais. Quelle désolation ! Quel fiasco !
Or à l'approche de la Révolution, avant de rendre l'âme sous le couperet de la guillotine, un vrai poète enfin voit le jour : André Chénier.
"La jeune Tarentine" notamment remet à leur juste place tous ces plumitifs de salon asséchés et verbeux.
L'honneur est sauf !

Thierry CABOT dans Poésie.
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