La toile de maître...N. P.

Après tant de siècles, d'années 
Elle trônait là, dans ce grenier 
Sous les poutres de chataigners 
Oubliée, délaissée, négligée 
Outragee,méprisée, abîmée 
Avec son cadre de bois vermoulu
À la dorure perdue 
Dans ce fatras de meubles antiques 
Entre commode Louis xv, armoire comtoise 
Horloge statique 
Statue de bronze, vieux bouquins
Vases d'époque chinoise
Lit à baldaquin... 
Parfois un petit  chat mioleur 
Venait lui comter les heures 
Une araignée avait tissée sa toile 
Ironie du destin 
Sacrilège, sur cette illustre toile 
Pour dissimuler sa  splendeur
Et masquer sa valeur  
Ici,toutes les époques se côtoyaient.
Monarchies et républiques 
Complotaient, 
Causaient, nostalgiques
Dans ce cercle éclectique 
elle avait vue passée des rois, des Louis  (d'Or )
Assistée à des révolutions 
Ou des foules en colère, dehors 
Entre fourches et canons 
Hurlaient :"du pain "
Aux insensibles souverains... 
Elle connaissait des secrets d'état 
Des rumeurs, que l'on dit tout bas
Elle avait connue la gloire,c'est fou ! 
Ducs et princes jaloux
Se battaient pour la posseder 
Sur le marbre de carrare de leurs cheminées 
À la lumière des lustres de cristal 
Beauté de cette toile royale 
Elle avait assistée aux bals
De tant de princesses et notables
Mangée aux tables 
Pâtés, poulardes, vacherins
Sur nappes de satin
Mais derrière ce beau décor 
On dansait aux châteaux 
En haut... 
On perissait dans les oubliettes en bas
Avec chaînes et rats... 
Elle était l'oeuvre sans doute 
D'un grand peintre de la renaissance 
On y lisait encore sa signature 
Il avait peint cette femme avec aisance 
À sa fière allure 
Sous les traits d'une belle inconnue 
Boucles blondes,robe aux  bras nus
Souriait un doux visage 
Aux yeux bleus et sages 
Vous regardant  avec tristesse 
implorant de ne pas l'oublier... 
Mais l'art est éphémère et cesse 
Comme rose se fanne dans la lumière 
Elle sommeillait dans cette froide atmosphère 
Comme Belle au bois dormant 
Attendant son Prince charmant 
Sous la lucarne de verre 
Seul un rayon de lune claire 
Caressait sa beauté princière
Une larme coulait sur sa joue fière 
Laissant une trace dans la poussière 
Faut il paraître ou être ? 
Se disait la  toile de maître. 

delta delta dans Poésie.
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