L'année scolaire 1943-1944.

La guerre se rapproche... les bombardements augmentent d'intensité, les privations s'accroissent: plus d'électricité, plus de métro... Puis commence la libération de Paris avec ses fusillades et ses combats de rues. Le père d'une cheftaine est tué, la soeur d'une camarade de classe, blessée  à la tête est dans le coma. 

Enfin, jour de gloire, le général de Gaulle descend triomphalement les Champs-Elysées...

Ainsi prirent fin les événement mouvementés auxquels assistèrent plusieurs de mes compagnes des Oiseaux: Je les retrouvai un mois et demi plus tard, sagement assises sur les bancs de la philo...

Quelques mères connurent elles aussi  des émotions fortes...elles avaient été se reposer à Verneuil, or cet endroit fut particulièrement bombardé à cause de la proximité de la gare de Triel, et des obus tombèrent dans le parc.

Les cours reprirent, nous étions plus mûres et encore plus unies les unes aux autres. Nous commencions à sentir souffler le vent du large... La revue du cours exprime l'ambiance de cette dernière classe et la vigilance des mères. Ainsi ces réflexions d'une religieuse devant la rêverie de ses élèves :

Je vous ai vue en ce soir de rentrée, douce et grave parce que vous étiez seule à votre fenêtre, sans vous douter du regard discret et aimant qui vous enveloppait.

Vous, si gaie et rieuse,
qui prenez même parfois des airs un peu frondeurs,
Vous qui riez de tout, petite fille moderne,
et voudriez toujours devant les autres traiter la vie en camarade, 
comme vous êtes paisible et sage... ce soir.

Ne me dites pas votre secret,
car les pensées les plus intimes de votre coeur d'adolescente sont à vous, bien à vous, et à celui qui sonde les coeurs.

La vie est devant vous, et vous êtes à son seuil, 
vous, dont le coeur bat si doucement ce soir...

Et parce que je vous comprend et je vous aime, j'ai fermé mes yeux, ne voulant plus vous voir.

Vous deviez être seule, seule avec votre conscience et votre créateur, 
pour lui murmurer les pardons qui réparent, et humblement prendre les engagements d'honneur qui font les forts.

Les mères étaient si discrètes, si respectueuses de notre liberté, que nous allions volontiers nous confier à elles; jamais elles ne nous posaient de questions sur nos familles... seules les maîtresses de division ou de classes jouaient auprès de nous le rôle de directeurs de conscience; celles à qui étaient confiées des fonctions de surveillance( gymnastique, études, couture, exactitude) n'osaient intervenir dans notre existence et ne nous sermonnaient point; la mère de l'exactitude se contentait de dire : " attention ! Vous arriverez en retard au Paradis et saint Pierre vous fermera la porte ! ".

Le sourire et la gentillesse constituaient leur silencieuse prédication.

Le téléphone sonna, et me replongea brutalement en 2018, je refermais le carnet intime de ma mère partie vers des cieux plus cléments, et me promis de réécrire un jour  ses secrètes pensées au couvent des oiseaux.

Marc de st Point .

Marc de St Point dans Poésie.
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