Le bateau fort

Dans une anse du temps, s'ennuie un lourd géant,
Un très vieux cuirassé, aux victoires oubliées.
De ses poumons béants, ne sort qu'un peu de vent,
Des puissances passées, son âme est tatouée.


Vaste corps de métal, en ces limbes fatales,
Il veut la transgression et fait Incantation,
Rougeoie à fond de cale, et coule entre les dalles.
Comme un sang de dragon, de l'acier en fusion.


Et le noir bâtiment, arraché au néant,
Sent renaître la vie, en toutes ses parties,
Ses chaudières de Titan, plus lourdes que le temps,
De vapeur envahissent, ses plus lointains conduits,


Alors sans équipage, ce guerrier d'un autre âge,
Oublié des humains, vers l'Océan sans fin,
Se tourne face au large, ramène son mouillage,
Ancre noire qui enfin, à l'écubier revient,


Ses quatre lignes d'arbres, puissamment sans tapage,
Aux hélices redonnent, les remous qui bouillonnent,
Sur les premières vagues, le vieux navire soulage,
Son étrave abandonne, les moules et les gorgones,


Chaque boulon palpite, de la vie interdite,
De ce navire rebelle, aux occultes rappels,
Vers le couchant il glisse, dans sa course maudite,
Flancs aux rouges ocelles, élan surnaturel,


Il revient du passé, puissances déchaînées,
Et accélère encore, donnant chasse à la Mort,
L' Océan étonné, dans la Nuit effarée,
Aura vu fuir la Mort, devant le bateau fort.

gilliatt dans Poésie.
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