Le mystérieux étranger.

Il s'en allait, poussé par le vent semblait-il , l'imperméable triste comme un jour de pénitence lui battait les mollets, s'enroulait autour de ses jambes d'échassier comme un bouquet d'algues autour d'une ancre.
Parfois une bourrasque en faisait voltiger les pans et l'homme prenait alors une allure de chauve-souris qui aurait oublié de s'envoler.
Il allait le long de la rue, les cheveux bien rangés sous le chapeau puis s'en revenait lorsqu'il avait atteint le bout, là où les maisons se faisaient plus rares et commençait déjà la campagne.
Il reprenait le trajet en sens inverse avec cette démarche nerveuse qui l'avait porté sur ses précédents parcours.
Rien n'indiquait qu'il cherchait quelque chose ou quelqu'un, il marchait et c'était tout.
Fatalement il passait devant des bouches d'égout et chaque fois, il effectuait un petit écart rapide sur le côté comme s'il craignait qu'il en sorte une bête, un crocodile peut-être, caché là et n'attendant que son passage pour surgir la gueule ouverte.
L'imagination faisant son œuvre, les témoins finirent par entendre le claquement des mâchoires.
Intimidés au début, des enfants s'enhardirent et commencèrent par suivre l'homme à quelques pas de distance puis s'aventurèrent plus près , il les chassa d'un geste large comme pour repousser une mouche agaçante .
Le repli des gamins s'effectua avec des grimace dépitées.
Derrière les fenêtres, les yeux attentifs se plissaient de fatigue, les théières refroidissaient, les horloges sonnaient sourd et même la forge du père François semblait s'être revêtue de langueur. Dans l'échoppe du cordonnier, la chanson s'était suspendue au-dessus des cuirs et, un peu plus loin, la cardeuse avait ralenti sa cadence ; Hélène, la matelassière, semblait attendre, le regard perdu dans une rêverie.
Ignorant ou indifférent à tout cela, l'homme persévérait dans sa marche, aucune fatigue ne transparaissait dans son allure.
Nul n'aurait pu le décrire, ses traits mutaient au gré de la vision de chacun, certains le crurent en pleine jeunesse et les autres le virent d'un âge plus avancé, toutes les descriptions divergèrent.
Personne ne sut à quel moment ni comment cela se produisit.
C'était comme ça, il avait disparu !
Toute la rue l'avait à l'oeil, et pourtant, en dépit de cette surveillance , sa présence n'existait plus.
Le bon sens inciterait à penser qu'à un moment, il avait continué la route au-delà du village mais le besoin d'extraordinaire poussait les esprits à échafauder mille versions qui alimentèrent les conversations des soirées tranquilles, trop tranquilles.
Les rideaux sont retombé sur la routine et le triste quotidien qui se cachaient derrière les fenêtres.

lalavandiere dans Poésie.
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