Les branches...

Les rues porteuses d'ombres, pleines (pâles et lourds)
De fantômes marcheurs qu'à la pointe du jour
Croit voir l'enfant .Ces rues cruelles où périrent
Sans même de chansons tant de pauvres amours,
Ces rues où le couchant boit mon ombre et la tire...

Accepter sur mon front et sur mon cœur qui tremble
La noirceur de la nuit,
son eau sur ma peau nue, son silence qui semble
Dans ce profond minuit
Me creuser de ses doigts une couche profonde
Où je vois endormi
Ce gosse de vingt ans, feuille qu'emporte l'onde...

C'est la mélancolie qui me promène en laisse
Le long des rues le soir quand le soleil s'en va
Quand le soleil s'abat comme un homme en détresse
C'est la mélancolie qui me tient par le bras,

Elle me parle et sa voix tremble comme un automne
Et sa voix me fait mal: c'est un chagrin d'enfant
Mal venu, qui se mêle aux murmures du vent:
Sa nuque se ployait vers un Dieu qui pardonne...

Dans l'eau du soir couchant qui se couvre d'oronge
Comme des doigts meurtris
Ces branches qui se plongent comme un front dans un songe
Ne dirait-on qu'elles prient ?
Mais s'il n'est que la nuit -et ce doute me ronge-
Comme unique pourpris ?
S'il n'est que cette rue où mon ombre s'allonge ?...

Seigneur, en moi un peuple entier de cris s'apprête
À déferler. Et les poux du désert
Avecque son poussier va recouvrir ma tête!
Mon chagrin est un puits plus profond que la mer!

"Sois fort, ô mon enfant! tient ta poitrine prête"
Tu dis. Et frappe de ton doigt l'enfant qui tombe.
Tes mains plongent en lui.
Tu vêts d'yeux et de dents les visages des tombes
D'un marbre qui reluit,

Et ces branches tordues dépouillées de leur chant
Ces pommiers, ces vergers qu'entortille le givre
Tout enfin, désolé, et qu'à la Mort tu livres
Se dresse vers ton ciel comme un poing menaçant !

Tout s'orne, avec le deuil (guirlandes de dents mortes)
De rires dévorants et de joies de linceuls,
ce visage gravé dans ce suaire porte
Les griffes du néant: Jésus tu es mort seul...

"Seigneur écartelé toi qu'a percé la lance
Toi dont scintille l’œil dans le creux des vieux murs
De ton ventre creusé fait que ton sang s'élance
Et protège les coqs! prends dans tes mains l'azur."

Ainsi priait l'enfant environné des fleurs
Blanches des hauts fusains et du chant des abeilles,
Sa poitrine enfermait -et je m'en émerveille!-
Ce bouquet d'astres bleus que l'on nomme "ferveur" !

Emmanuel

Emmanuel dans Poésie.
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