Les fées

Sauront-elles jamais, la nuit quand le cœur tombe,
Quand le réel n’est plus qu’un engloutissement,
Contenir de leurs doigts collés au firmament
La mer de nos sanglots regardant vers la tombe ?
 
Hier, nous les sentions à chaque élan du jour
Avec ces alcools fins dont se grisent les lèvres,
Et notre âme tanguait au déluge des fièvres
Pleines de l’au-delà tournoyant de l’amour.
 
Hier, elles voguaient séraphiques et belles
Par-dessus les champs purs et les houleux chemins ;
Elles voguaient si haut que nous tendions les mains
Pour en cueillir l’écume au ciel de nos prunelles.
 
Hier, c’étaient aussi des gloires de bras nus,
Des hymnes déployés, des voiles intrépides
Qui longtemps laissaient voir au milieu des rapides
Leur sillage vermeil et leurs bonds ingénus.
 
Hier, c’étaient encore ô même ébouriffées !
Mille et une splendeurs à l’oint d’une saison…
Mais déjà la nuit sourde a mangé l’horizon ;
Il est mort, il est mort, le pays chaud des fées.

Thierry Cabot (La Blessure des Mots)
http://www.accents-poetiques-editions.com/produit/la-blessure-des-mots/

Thierry CABOT dans Poésie.
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