Les meringues.

Si vous revenez pour manger
Vous n'aurez rien à changer.
Je vous garderais les meringues,
De celles qui vous rendaient dingues,
Nappées du bon caramel
Que cachait Sœur Amelle.
On lèvera, au ciel, nos yeux
En faisant nos vœux,
La nuit du destin
Pour les jours incertains.

Quand vous veniez chez moi
Sarah, Daoud et François,
Le jour du Mouloud.
On entendait tonner le baroud.
Et tout à nos jeux d'enfants,
On brûlait les bâtons d'encens
Et les cierges magiques,
Sans penser aux jours tragiques.
Tu nous as fait promettre
Tu y croyais peut-être
Devant la rayonnante Menorah
Que jamais, jamais on ne se quittera.

C’était avant la guerre,
Que tout le monde voulait taire.

François aimait les gâteaux aux miel.
Qu'il partageait avec son cousin Daniel.
Et moi j'aimais l'eau de fleurs d'oranger,
Que distillait le vieux papet Roger.
Sarah et Daoud ramenaient la mouna.*
Sœur Amelle bien des fois nous sermonna.
Sous le patio jouaient à la Ronda*
Les grands, en sirotant le café sur la Māida.*

Et nos mamans s’inquiétaient, en se tenant les mains,
De ce qu'il va advenir de tous ces braves gens demain.


Le Mouloud : Fête musulmane commémorant la naissance du Prophète. 
Menorah : Chandelier aux sept branches. La mouna : Brioche.  La Ronda : Jeu de cartes. La Māida : Table basse octogonale. 

Omar de Lyon dans Poésie.
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