"Les Trophées" de José Maria de Heredia

Plus d'un siècle après sa mort, José Maria de Heredia fait l'objet de maintes controverses.
Parmi les lecteurs contemporains, les uns ne manquent pas de louer la qualité de ses sonnets, les autres au contraire le jugent superficiel et n'ont pas de mots assez durs pour stigmatiser son art de parnassien attardé.
S'ils présentent un intérêt historique non négligeable - chacun de ses poèmes n'offre-t-il pas en effet le tableau saisissant de l'humanité en marche? - "Les Trophées" aujourd'hui n'en conservent pas moins, au-delà des critiques glanées ici et là, une réelle valeur poétique.
Beaucoup d'entre nous ont vibré à la lecture des "Conquérants", ces conquistadors dont José Maria de Heredia descendait en droite ligne et dont non sans talent il avait su décrire l'épopée.
Certes trop de ses vers claquent, tonnent, vrombissent dans un style un peu grandiloquent mais quand à la faveur d'une scène réussie le poète soudain rencontre le visionnaire, on se laisse facilement emporter par ce torrent d'images colorées pleines de force et de relief.
Le tour de main du sonnetiste n'a jamais été remis en question. Orfèvre consciencieux, Heredia cisèle admirablement ses alexandrins. On a d'autant plus de raisons de s'en réjouir que les morceaux de bravoure sont loin d'être absents de son oeuvre :
" Et sur elle courbé, l'ardent Impérator
Vit dans ses larges yeux étoilés de points d'or
Toute une mer immense où fuyaient des galères."
"Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,
Ferme les branches d'or de son rouge éventail."
"Hannibal écoutait, pensif et triomphant,
Le piétinement sourd des légions en marche."

Comme un habile organisateur de spectacles, Heredia peaufine ses effets et rayonnant d'une fougue presque juvénile, nous charme avec brio. Il est inutile cependant de chercher en lui la moindre intériorité, le moindre intimisme. Celui-ci avant tout s'attache au pittoresque, au mouvement, à l'enflure quelquefois. Les événements historiques dans lesquels il trempe sa belle plume, lui donnent l'occasion de montrer ses muscles de sculpteur aguerri. Examinés de plus près, les fameux sonnets de Heredia ne dissimulent pas toujours sous leur habit éclatant des procédés rhétoriques quelque peu stéréotypés. Car bien qu'il sache plier ce genre poétique à toutes ses exigences, l'auteur des "Trophées" de temps à autre semble écrire de manière assez mécanique.
Qu'importe ! Laissons le dernier mot à Paul Guth :
"A côté d'une poésie métaphysique, d'une poésie occulte, d'une poésie psychanalytique, d'une poésie des profondeurs et des correspondances, pourquoi nous interdire une poésie des surfaces, des images, des gestes, des poses ?"

Thierry CABOT dans Poésie.
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