Les Yeux.

Les yeux trouant d'horreur les faces
Les yeux rieurs de l'assassin
Les yeux si tristes du marin
Noyés de sel et de bonaces

Les yeux glissants sur la faïence
Des hostos les yeux perdus
Les yeux las qui en ont trop vus
Les yeux que creuse le silence

Les yeux pâles des suicidés
Hurlant de chagrins et de chute
Les yeux calmes et froids de la pute
De néons et de nuits fardés

Yeux papillonnant de la vierge
Verts de printemps et de sang frais
Les yeux emplis du feu des cierges
Des moniales les yeux qu'effraient

L'aube de massicot qui pointe
les yeux qui errent dans le vide
Dents déchirants les courtepointes
yeux des fous que rongent l'acide

Yeux sur les dunes de peau blonde
Yeux de lune et de confettis
Yeux pensifs yeux appesantis
Du buste ébloui par la ronde

Yeux creusés d'une jeune morte
Qu'ensevelissent les lilas
Yeux sans regard des opéras
Lustre battant comme une aorte

Yeux infinis comme la plainte
Des mères et des pauvres gens
yeux mer immense de complainte
Sacs et ressacs affligeants

yeux morts aux murs des cimetières
Griffés d'aubes et d'oiseaux de nuits
Yeux qu'enlisent le vaste ennui
Du ciel vidé de ses prières
Yeux ondoyés de baptistères

Yeux tout ronds des petits bébés
Dansants sur le débarcadère
Des vents noirs et des ondes amères
yeux pleins de douleurs et de songes

Bref émail que la nuit ronge
Rayon désespéré que fuit
L'éternité ce pieux mensonge !

Emmanuel.

Emmanuel dans Poésie.
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