L’exécution d’Anne

L’exécution d’Anne

Accompagne-moi dans ma communion,
Car ce jour est le dernier des jours,
L’innocence disparaitra sans aucun anion,
Et que restera-t-il ici, qu’une tâche de sang,
Dans la place de cette tour,
Juste un peu de la dignité de mon rang ?

Je pensais être morte oubliant ma souffrance,
Et l’exécution est reportée d’un demi-jour,
Car il faut que cela se fasse à l’aisance,
Loin de la foule et tard après le jour.

Ne soyez pas en peine amis invisibles,
Je pars l’âme en paix et je ne souffrirais pas,
Le bourreau est habile m’a-t-on dit, c’est risible
Mais je ne veux pas en rire car on me fêtera.

Et dans l’attente de la mort, je serai dans la joie,
Car j’ai connu beaucoup de femmes exécutées,
Dans ma vie, au sein de mon sang, sous ce toit,
Aussi bien en notre hiver, aussi bien en notre été.

L’échafaud est dressé dans la verte tour,
Et je porte ma cape rouge sur ma robe grise,
Un peu de soie bordée de fourrure, car mon jour
Est venu de vous quitter, la sentence est émise.

« Peuple chrétien, je suis venue ici pour mourir, »
La loi est la loi pour tout un chacun,
« Par la volonté de Dieu et du roi et de votre plaisir, »
Je serais l’accusée et la condamnée du malin.

Le roi fut doux et bon à mon encontre, et du fond
Du cœur, j’éprouve pour lui tout mon amour,
Bourreau, œuvre sans faiblir, « je t’accorde mon pardon ! »
Et pour ton geste, ne pleure pas, c’est mon tour.

« Sur ce, je prends congé de ce monde et de vous tous »
Prions pour ce dernier jour du vivant,
Prions pour le monde des mourants,
« A Jésus Christ, mon âme s’élève et épouse
Une foi qui était mienne et celle du roi. »
En guise de condoléances, mon corps glissera sous ce toit.

 

Patrice Merelle dans Poésie.
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