L'ombre des jardins

Elle naquit dans l'ombre de ses premiers jardins
A l’évidence empreints de douceurs et lumières,
Et n'y pouvant grandir aux rêves ordinaires
L'enfant, à peine éclos, se perdit en chemin.

Elle revêtit son âme d'une armure friable
Protégeant, croyait-elle, d’indicibles souffrances,
Mais laissant s’infiltrer dans un triste silence
Leurs ondes délétères, vivaces et durables.

Elle ne connut jamais les larmes bienfaisantes,
De celles qui présagent d’un regain d'espérance,
Et ses pleurs qui n'étaient que des vagues brûlantes
Perpétuaient les flots obscurs de son errance.

Elle vécut accrochant du fond de son martyr
Quelques lambeaux de mots et gestes compassés
Mais, las, ce fût pour elle la conscience du pire
D'en espérer, en vain, qu'on veuille l'enlacer.

Elle s'allongea un soir, diaphane et dérisoire,
S'élevant aux pensées nappées de l'illusoire,
Et aux heures captives d'agonie solitaire
Le cours des ans lui fut limpide et moins amer…

Elle mourut dans l'ombre de ses premiers jardins
Et n'en sut la saveur qu'à l'orée de la fin,
A-t-elle payé le prix d'un destin de misère
Ou l'avons-nous, sans bruit, effacé de la terre…?

Fanch dans Poésie.
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