MOZART

Je naquis fille et point garçon,

Ce fut ma première trahison.

Mon nom n’aurait pas d’héritier,

Mon destin était à blâmer.

J’eus de petites notes en math,

On m’annonça échec et mat.

Quant à la trigonométrie,

Elle me transforma en vraie quille

Que l’on renverse d’un seul coup,

D’un geste mou ou d’un genou.

Ma famille avait haute tige,

Et ma mémoire le vertige.

Musicien et compositeur,

Mon aïeul touchait des hauteurs

Quant à mon Père, pour sa grandeur,

Il savait tout, presque par cœur.

Moi, je n’étais pas pourvue d’ailes,

J’avais du plomb dans la cervelle.

La musique me tenait debout,

J’aimais danser sur ses froufrous.

On choisit Mozart en concert,

J’aurais voulu  jouer Schubert.

Un grand trou noir dans ma mémoire,

Pauvres quinze ans, en désespoir.

Mes doigts filèrent sans le vouloir,

J’inventai Wolfgang,  sans savoir…

Le public en chœur m’applaudit,

Mon clan par contre me maudit.

Le lendemain de ce déboire,

J’eus ma cigüe à devoir boire.

On ferma mon piano à queue,

On jeta même sa clef au feu.

J’oubliai le Conservatoire,

On ne paie pas, pour une poire.

A chaque retour de ma naissance,

On arrondit  ma petite panse.

J’étais devenue un estomac,

A tartes, à gifles, à polenta.

Mozart devait rire sous terre,

J’étais sans doute sa seule faussaire…

 

 

 

 

ange dans Poésie.
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