ON A TOUS DANS NOTRE SAC DES SOUVENIRS...

Ils étaient tous partis voir de très beaux  tapis,

J’avais vu en passant une dame accroupie

Et je m’étais tapie dans le secret d’un coin,

Laissant la foule des gens fuir dans le lointain.

La très vieille dame tissait penchée sur son métier,

Mais son index s’ouvrait sous les brins acérés.

Pour vite cicatriser, elle plongea tout son doigt,

Dans de l’huile bouillante, sans l’ombre d’un effroi.

Et le tissage reprit avec acharnement,

Dans ce recoin obscur oublié par le temps.

On entendait la joie des acheteurs de l’ailleurs,

Des cris fusaient sans poids, sur l’argent  du bonheur.

Elle tissait mécanique, pleine de rides sur son cou,

Les mains noires, déformées, le regard à genou.

Depuis combien de jours gagnait-elle cinq dinars ?

Depuis son passé lourd  ou depuis son départ ?

En robot silencieux, elle fanait son destin,

Pour des gens aux mille vœux, qui ne la verraient point.

J’avais si peu de chose, dans ma poche de tunique

Je lui offris pourtant mon collier en plastique.

Je vis alors ses yeux comme regarder un rêve,

Et je surpris ma main la caresser sans trêve.

Elle était la grand-mère que je n’aurais jamais,

L’exemple attendrissant d’un travail parfait.

Entre ses doigts noueux, elle unit quatre fils,

Et m’offrit une tresse, dans un geste puéril.

En cet instant sublime, sous nos paupières  fermées,

Une émotion passa, comme une goutte de rosée.

 

On a tous en bagage,  des souvenirs enchantés…

C’était  il y a point d’âge,  je n’ai pas oublié.  

La tresse est encore là, cachée dans mon vieux sac,

Et elle y restera, malgré tous mes ressacs…

ange dans Poésie.
- 826 lectures - mention j'aime

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies. En savoir plus.