Sépia: je te hais !!!

Sepia : je te hais !!!!

Epoustouflé par cette photo couleur  sépia ; vision dantesque du canasson traînant son chariot dans la mer.
Il était rempli d’un menhir de goémon. C’était  une cargaison molle et flasque qui n’inspirait que dégoût et mépris pour mes yeux de gamin. Je m’y étais embourbé voire entrelacé dans les bruns de goémon qui me collaient aux membres :  j’en ai gardé un souvenir cauchemardesque et un dégoût profond pour tout ce qui provient de la mer.

Les marins débarquent  leur poiscaille, toujours ces relents salés des embruns : c’est la cuisine de l’océan. Elle nous permet de voir de sentir cette sensation profonde qui nous titille les narines. S’éloigner des berges et du rivage et croiser les véliplanchistes à défaut des jet- skis pour atteindre ces réserves  convoitées de goémon aura été la besogne du matin.  Il faut à présent hisser les trouvailles hors de la barque dans le clapotis de la mer chahutées la brise marine l’accastillage fait une douce musique. Le cheval attend avec patience, serein il fait le lambin, sa crinière virevoltant au vent.
C’est certain ils n’ont pas fait la pause pour cette photo. Le labeur doit se poursuivre le goémon ramassé, entassé, concassé par les fourches caudines des matelots doit être achevé avant la tempêté annoncée. La tâche est rude et le matériel est loin d’être récent. Le canasson est le seul à pouvoir traîner la charrette au travers des flots. Il s’impatiente quelques peu et piétine le sable. Les mains engourdies les goémoniers pensent un instant à la chaleur de leur foyer respectif.  Du vent tempétueux qui devient leur ennemi haineux, les véliplanchistes au contraire s’en régalent et ils prennent leur envol. C’est dans ce contraste contagieux du touriste  et du travailleur de la mer que mes souvenirs de mon enfance me rappelle ma frêle condition humaine que tout n’est que gageure et que rien ne se réduit à un cliché. Surtout si celui-ci nous est trompeur.
Le peintre maritime a disparu le photographe excelle dans l’imposture et demande la pause et la posture cependant avec le temps : le négatif s’efface devant les personnages qui s’estompent.
Mais je fais le lambin à la contempler comme lorsque j’étais bambin… à regarder mon père  décharger les fruits de son labeur dans ce chariot de mer, lequel fut ce jour maudit son tombeau. Le canasson serein traina cette fois–ci  le corbillard.

Fabien Rogier dans Poésie.
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