Un Sens

Alors tu vois nous y voilà
Au centre de la petite vie
Le premier temps des gens ravis
Le dernier verre avant l'oubli
Dans les cités le jour entier
Ne suffit pas à couper court
Aux maux usés qui disent l'amour
A quoi bon jeunesse frustrée
Dans les bars et sur les terrasses
Des cafés crades à deux euros
Faut-il aimer ces vieux bistros
Où rien n'est mieux que dégueulasse
J'ai de la peine quand j'cours les rues
Je vois ces gens qui me dépassent
Ces étrangers et puis j'en passe
Qui sont autant de beaux élus
Moi tu vois j'ai tout à prouver
Eux ils avancent comme au mérite
Le menton haut et ils vont vite
J'imagine qu'ils se sont trouvés
Ca fait des mômes et des familles
Comme si c'était nécessité
Léguer des bouts d'éternité
A des successeurs en guenilles
J'imagine que j'ai dans un coin
Du crâne des vagues de jalousie
A me dire parfois «moi aussi
J'aimerais combler le vide putain»
Et puis je vois ce monde étrange
L'aimable foire aux voluptés
Le peuple s'y éprend d'étés
Les maîtres l'y plongent dans la fange
Alors je pleure et je m'en vais
Des villes où chacun me dégoûte
Je me libère des entraves et
Je me réapproprie mes doutes

Alors tu vois nous y voilà
Au temps présent au précipice
L'éphémère a l'éclat du vice
Car le vice est vraiment pressant
J'ai beau projeter mon enfer
Dans les consciences en vous parlant
Quand je vous vois les bras ballants
J'cogite mes idées funéraires
Il y a de l'émoi dans vos yeux
Pourquoi j'incline à dire jetables
Ces effusions en sac de nœuds
Qui vous désignent tous coupables
Comme je m'acharne en vain peut-être
A m'extirper de ce marasme
Ici germent des fleurs de spasme
Leur parfum m'a trop pris la tête
Alors laissez-moi m'envoler
Convoler dans de justes notes
Quand je voyage dans ces hautes
Sphères tout vous est pardonné
J'irai un jour contre la mort
Me frotter d'un p'tit peu trop près
Vos enfant seront grands alors
Ils fleuriront vos dalles de grès

Alors tu vois nous y voilà
Les bandoulières sont recousues
Quelques années sont révolues
Mais le vent les emportera
Sur le chemin des chrysanthèmes
Des automnes et des soirées belles
Des papillons déploient leurs ailes
Pour gonfler les voiles des trirèmes
Car dans les ports attends un peu
L'on suspend le cours de nos glas
Embarque donc n'hésite pas
A voyager pour de l'enjeu
Élisez vos anges gardiens
Cédez aux affres des tanins
Faites vos prières de petites mains
Désinvoltes n'ayez l'air de rien
J'éteindrai tous vos vieux cierges
Je boirai un whisky hors-d'âge
Je maudirai votre voyage
Vos enfants aussi de la berge
Des cathédrales dans l'écume
De vos esquifs se nourriront
Brisant vos caps et vos timons
Accueillant vos jouvences posthumes

Alors tu vois vos fils et moi
On se regarde dans les cœurs
On sait tous où réside l'erreur
Entre mon deuil et vos trépas
J'ai balbutié quelques «pardon»
A vos orphelins méprisants
Mais les voici qui maintenant
Vénèrent de nouveaux ventres ronds

olivedzep dans Poésie.
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