UNE PETITE VIEILLE

                 


C'est est un sourire à nul autre pareil celui d'une petite vieille qui porte encore sur elle cette élégance particulière. Un rien l'habille elle a enfilé ses 80 printemps comme une robe de communiante en prenant soin de ne pas se salir en mangeant, pour être la plus pure possible lorsqu’elle se présentera devant le créateur. Elle ne parle jamais de cela lorsqu'elle vient me voire, elle avance en prenant appui sur sa canne et me sourit dès la porte d'entrée du bureau. Il arrive que je pense à ma mère qui est au ciel depuis 26 ans. Madame Simone, allez savoir pourquoi ce prénom me tient à cœur ! Se hasarde même à lever une main pour me saluer. Je vais à sa rencontre pour l'aider à avancer et on se raconte nos histoires, souvent des petits riens sans importance . Elle parle du temps qu'il fait, de La Poste qui n'est plus comme avant et qu'heureusement je suis là et tout et tout... Je hausse les épaules. Pauvre madame Simone, le problème avec les vieux c'est justement qu'ils sont vieux et qu'ils ont tendance à regarder en arrière. Nous voilà devant le guichet, elle fouille dans son sac à main et râle après son désordre. On dirait une petite fille, ses pommettes s'empourprent elle sort un méli-mélo de papiers plus ou moins officiels, une carte de réduction SNCF même si j’imagine aisément qu'elle ne doit plus servir depuis longtemps, sa carte de sécurité sociale, sa carte du Monoprix et je la laisse faire en énumérant ses trouvailles.
« Pas celle-la Simone , celle-ci non plus ! Ça y est vous l'avez. Elle rit comme une petite fille gênée et me tends sa carte de retrait en demandant à voix basse, presque sur le ton de la confidence : Mille euros.
Je fais l’étonné. Quoi ? C'est pour acheter des bombons et des chocolats ! Encore ! J'aime lorsqu'elle rit c'est comme si elle ne savait pas qu'elle allait mourir demain. Madame Simone m'explique que tout est tellement coûteux de nos jours et qu'en plus ce n'est pas de chance, son ballon vient de la lâcher. Je la regarde anxieux : «  Vous jouez encore au foot madame Simone ? » Elle fait sa petite tête de grand-mère fripée et adorable, ses yeux pleurent un peu, une larme coule sur ses joues, il fait un froid de bœuf ce matin.
« Coquin ! » vous êtes un sacré coquin ! »
Je lui remet son argent en comptant bien chaque billet un à un. Elle m'explique que sans ballon elle n'a plus d'eau chaude et qu'à son âge l'eau froide ça ne vaut rien pour les rhumatismes.
« J'avais compris madame Simone »
Arrive monsieur Latour son voisin qui se précipite pour la saluer et ramasser la canne qu'elle vient de faire tomber en rangeant ses billets n’importe comment dans son petit sac à main.
« Ces bureaux de poste modernes, rien pour poser ses affaires » ! s'exclame monsieur Latour.
Madame Simone me sourit et sort du bureau clopin-clopant.
Monsieur Latour se rapproche de mon guichet et me dit qu'elle m'aime bien. Vous avez de la chance précise t-il goguenard, c'est un bon parti.
Mais passons aux choses sérieuses maintenant.

AMISDESMOTS

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