Chroniques du Purin - Marc Delouze

Ce texte est une réponse à L'amourier : éditeur de prose et de poésie de Lucie Laval.

Chroniques du Purin de Marc Delouze aux Editions L'Amourier

Un titre intrigant tout d'abord, une couverture mystérieuse, et harmonieuse... Et la curiosité de découvrir un autre ouvrage aux Editions L'Amourier, dont j'apprécie beaucoup le travail. Et je dois dire que j'ai été à nouveau conquise. La plume de Marc Delouze est à la fois puissante et élégante, pleine d'émotions contradictoires et de formules inattendues. Très brusque aussi, brutale parfois, lorsqu'il évoque des épisodes épouvantables de l'Histoire notamment, et l'on ressent aisément le choc que ces tragédies ont pu représenter pour l'auteur. 

Le narrateur des Chroniques du purin - ce purin qui incarne les épisodes en question - nous emmène dans sa maison à la campagne où il décrit son quotidien fait de promenades champêtres et de lectures assidues - lectures qui d'ailleurs ne cessent de le hanter. Les "mots des morts", il ne peut pas les oublier. Et il s'agit de morts bien particuliers, d'auteurs et de poètes disparus : Etty Hillesum, Imre Kertész, Togê Sankichi, Pier Paolo Pasolini... déportés de la Shoah, victime du bombardement d'Hiroshima, assassiné à Ostia en Italie... Tous poètes, tous morts dans des circonstances épouvantables.  

Vivre en compagnie des morts

Le narrateur nous emmène donc au gré de ses lectures faire une promenade à la fois funèbre et poétique. Et il ne se contente pas d'évoquer les poètes en question : il cite des passages de leurs écrits, mémoires, journaux intimes. De beaux passages, souvent poignants. On découvre par exemple les premières impressions de Togê Sankichi lors du bombardement d'Hiroshima, la panique et la peur, les cadavres, le ciel embrasé. Imre Kertész est quant à lui déporté à Auschwitz, il décrit ce qu'il voit avec incrédulité et résignation. L'auteur a su mettre en avant des extraits particulièrement poignants, c'est vraiment le mot qui convient, et malgré toute l'horreur qu'ils véhiculent, si beaux...

Le narrateur quant à lui décrit son obsession des mots des disparus, des "en-allés". Cela le réveille la nuit, le renvoie à ses propres traumatismes, à ses propres désillusions (politiques, amoureuses...). Parallèlement à ces réalités passées et effroyables, il décrit le quotidien du village où il s'est échoué - il ne semble pas y avoir d'attaches particulières et sa vie est avant tout solitaire. Son obsession finira-t-elle par le consumer ? Elle le pousse plutôt vers l'écriture, vers son clavier et sa cafetière, et vers l'accomplissement d'un devoir de mémoire

En souvenir des poètes d'autrefois

Parmi les poètes et auteurs évoqués par Marc Delouze dans ses Chroniques du Purin, je ne connaissais que Pier Paolo Pasolini. Un grand merci donc à l'auteur pour la découverte des autres figures phares de son récit, pour les extraits judicieusement choisis de leurs œuvres et pour les mots, inoubliables, de leurs témoignages. Suite à cette lecture, j'ai partagé pendant quelques temps ses obsessions en me renseignant sur la vie de ces poètes disparus. Ce que j'ai découvert est à la fois affreux et magnifique, et je suis heureuse de ne plus ignorer leurs noms, jusqu'à leur existence même. C'est une lecture que je recommande aux amateurs de plumes fortes et rêches, à la fois poétiques et... qui n'ont pas peur de remuer la merde. Pardon, le purin. 



Retrouvez les Chroniques du Purin de Marc Delouze aux Editions l'Amourier : http://www.amourier.com/636-chroniques-du-purin.php

Lucie Laval dans Critiques.
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