David Coulon : Dernière fenêtre sur l'Aurore

Aurore : Un nouveau jour se lève sur l'Horreur

Quel choix de titre particulier... Pourquoi ? Ne trouvez-vous pas cela singulier d'ouvrir une dernière fenêtre sur l'Aurore ? De réunir au sein d'un titre l'incarnation d'une fin et le symbole d'un recommencement ? Cette particularité m'avait déjà intriguée avant de commencer ma lecture. Mais il s'agit d'un roman policier, et dans tout bon polar qui se respecte, il y a meurtre. Ce roman s'ouvre donc sur le meurtre de la jeune Aurore, 18 ans, visage d'ange et enfance tourmentée.

L'inspecteur Bernard Longbey est le premier à arriver sur le lieu du crime. C'est normal, il a été prévenu par un coup de téléphone anonyme, ce qui paraît d'ores et déjà suspect. Mais pourquoi, de surcroît, ne signale-t-il pas à ses collègues qu'il connait déjà la victime ? Qu'il a croisé son chemin à de nombreuses reprises lors de ses enquêtes au sein de la Brigade des Mineurs ? Qu'il a essayé de la protéger ? Pourquoi est-il suivi par un détective privé qui enregistre tous ses faits et gestes ? Et sur quelles horreurs débouchera donc cette filature ?

Le terrible quotidien de la Brigade des Mineurs

David Coulon, auteur de ce roman policier, est psychologue. L'univers de la Brigade des Mineurs ne lui est pas inconnu, et cela se sent. L'on perçoit à travers ce récit le traumatisme que peut constituer une entrevue avec un enfant qui a été abusé sexuellement. Ces enfants qui peinent à expliquer ce qui leur est arrivé, tant ils le comprennent peu eux-mêmes. Le poids des non-dits et de la peur. 

Ce roman nous montre qu'il est impossible de sortir indemne d'un tel travail auprès d'enfants abusés et meurtris, que les inspecteurs de la Brigade des Mineurs sont aussi les victimes des violences infligées à ces enfants ; de même que le reste de l'entourage et la famille des enfants concernés. Que faire face à de tels sévices ? Nier l'évidence et fuir, ou passer à l'action et sombrer à son tour dans l'horreur...

Un premier polar intelligemment structuré

En plus d'être bien écrit, ce roman a été construit de façon à ménager l'incompréhension du lecteur. L'intrigue se dévoile au compte-goutte, de manière à la fois pudique et provocante. Toutes les certitudes de Bernard Longbey s'effondrent au fur et à mesure qu'avance son enquête, jusqu'à douter de ses propres faits et gestes. La multiplication des points de vue, celui de Longbey, de ses collègues, du détective privé, nous permet d'entrevoir peu à peu la vérité tout en nous promenant habilement d'une illusion à une autre. Un premier polar réussi, et qui sera suivi d'un second, Le Village des Ténèbres, coup de cœur de  Franck Thilliez !

Première fenêtre sur l'aurore en 3 citations

POLAR - "En descendant dans ce bunker, on trouve un long couloir sombre. Si un rai de lumière arrive à se frayer un chemin sous les ronces du dessus, on peut voir des tracés rougeâtres sur les murs humides. "666", "Satanis", "Lilith". Des inscriptions tachées de sang."

VIE - "Au début tout allait bien. La vie rêvée, en somme. L'apparence illusoire du bonheur. Attachement progressif à Virginie. Attachement de plus en plus fort. Amoureux d'abord, bien sûr."

BRIGADE DES MINEURS - "La caméra filmait tout sans interruption. Le gamin était venu avec sa mère, qui ne parlait pas un mot de français, pour se plaindre d'attouchements perpétrés par son père. La mère était restée dans le couloir et le gosse débitait ce qu'il endurait. Depuis trois ans." Retrouvez Dernière fenêtre sur l'Aurore de David Coul'on aux éditions Actu SF dans leur collection en format Poche, Hélios: http://www.editions-actusf.fr/david-coulon/derniere-fenetre

Lucie Laval dans Critiques.
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