Festival d’Avignon 2016, le Off - Partie 1

Cette année, j’ai eu la chance de découvrir le festival d’Avignon. J’en avais bien sûr beaucoup entendu parler mais je n’y étais jamais allée, faute d’éloignement et de manque d’initiative sans doute. L’une de mes amies m’ayant proposé d’y aller quelques jours, j’ai sauté sur l’occasion !

Je suis allée vadrouiller sur le site du Off… Et lorsque j’ai vu que 1092 compagnies jouent 1416 spectacles, je me suis immédiatement avouée vaincue. 1416 résumés à lire et à traquer sur Internet afin de connaître les premières critiques ? Non merci ! J’ai donc décidé de vivre mon premier Festival d’Avignon en dilettante. Les seuls artistes que je connaissais étaient des humoristes – Frédéric Fromet, Guillaume Meurice, Nicole Ferroni – et, si je voulais les voir, je souhaitais aussi aller voir du théâtre. Je suis donc partie légère et court vêtue, sans réservation ni idée préconçue. 

Lorsque j’arrive à Avignon avec mon amie, le soleil est au Zénith mais les rues d’Avignon fourmillent de personnes qui, armées d’un énorme pavé, courent dans tous les sens. Nous passons à l’office du tourisme, récupérons notre carte Off ainsi que le fameux pavé, la bible, la carte au trésor d’Avignon : le programme qui répertorie les fameux 1416 spectacles joués pendant le festival. Me voilà au pied du mur, contrainte de me plonger dans ce programme qui ressemble de plus en plus à un manuel scolaire (et pas le petit d’espagnol, plutôt celui de français). 

Voici donc les spectacles que j’ai eu la chance (ou non) de voir à Avignon cette année : 

Les règles du savoir-vivre dans la société moderne

Interprètes : Bénédicte Allard, Pauline Félix et Morgane Touzalin
Mise en scène : Romain Ak
Au... : Théâtre du Roi René

Première pièce, trouvée par hasard dans le programme qui vante les vertus de ce spectacle « joué à guichet fermé en 2015 après avoir été un coup de cœur off 2014 ». Comme nous ne savons pas vraiment à qui nous fier, nous choisissons de faire confiance à ces arguments. 

Les trois actrices campent de drôles de Parques, expertes du manuel du savoir-vivre de la Baronne Staffe. Elles présentent les règles de ce fameux savoir-vivre – d’après qui doit-on nommer son enfant premier-né ? Et les suivants ? Comment choisir le parrain et la marraine ? Comment trouver un bon parti pour son enfant et assurer que les fiançailles et le mariage soient bien menés ? Combien de temps doit-on porter le deuil ?... – et montrent que les hommes ont un don inné et démesuré pour se compliquer la vie

Il m’a fallu un peu de temps pour rentrer dans la pièce, mais c’est le seul point négatif à mon sens. Les trois actrices sont formidables et créent une ambiance étonnante, mêlant le chant au théâtre.

C’est (un peu) compliqué d’être l’origine du monde 

Compagnie : Les Filles de Simone
Interprètes : Tiphaine Gentilleau et Chloé Olivères
Mise en scène : Claire Fretel
A... : Condition des Soies

Spectacle conseillé par Armelle Héliot (Le Masque et la Plume). J’arrive guillerette, première de la file, pour m’entendre dire que j’ai de la chance : je vais acheter la dernière place. Je suis ravie, d’autant plus que j’aurai une excellente place dans la salle.
Voici le pitch : « Les Filles de Simone explosent le mythe sacralisé du bonheur maternel. L’intime et le politique s’emmêlent. Injonctions contradictoires de la mère, du voisin, du patron, du médecin… Les Filles de Simone plongent avec un culot libérateur dans ce grand chaos. »

Le spectacle commence avec le test de grossesse et se termine au-delà de la naissance. Là encore, les deux actrices sont géniales. Le spectacle est drôle, vraiment drôle. Ce qu’elles disent n’est pas nouveau (devenir Maman, c’est peut-être très beau, mais c’est aussi très dur !) mais elles le disent fort bien. Il y a plein de trouvailles scénaristiques et rien ne m’a paru superflu. C’est le spectacle que j’ai préféré du Festival.

Mention spéciale aux actrices, Tiphaine Gentilleau et Chloé Olivères, et à la metteuse en scène, Claire Fretel, qui ont écrit le spectacle et le font vivre. Superbe ! 

PS : Les Filles de Simone viennent de recevoir le Coup de cœur du Off ! Bravo à elles, c’est vraiment mérité !

Liebman renégat

Interprète : Riton Liebman
Musique : Philippe Orivel
Mise en scène : David Murgia
A... : La Manufacture (Patinoire)

Je n’aurais pas vu ce spectacle si mon amie ne m’y avait pas traînée. Elle adorait le travail du metteur en scène, David Murgia, et voulait absolument voir cette pièce (même sans rien connaître du scénario auparavant) ! 

Riton Liebman raconte l’histoire de son père, Marcel Liebman. Un juif de gauche, universitaire de renom, militant de toutes les révolutions, mais un juif... pro-palestinien. Si comme moi, vous ne connaissez pas Marcel Liebman, c’est parce qu’il est surtout connu en Belgique (et peut-être aussi que, comme moi, vous ne connaissez pas l’histoire de mai 68 sur le bout des doigts). Ou peut-être suis-je la seule à ne pas connaître cet homme ? 

Enfin, là encore, une excellente pièce. Riton Liebman est accompagné sur scène du musicien Philippe Orivel et il nous fait vivre non seulement le cheminement de son père, mais aussi le sien. Il raconte comment l’opinion de Marcel Liebman sur le conflit israélo-palestinien l’a amené à être honni par les Juifs et à vivre dans une maison protégée par les forces de l’ordre. Et comment, d’une famille de droite, bien rangée, qui cherche à s’intégrer sans se faire remarquer, son père comprend que : « meeerde, je suis de gauche, moi aussi ?! ». 

Riton Liebman est juste, drôle et léger. On a l’impression qu’il raconte son histoire à chacun d’entre nous, individuellement (la mise en scène intimiste fait beaucoup pour cela) et que nous revivons le passé avec lui. Un autre très bon moment de théâtre.

Les Créanciers

Interprètes : Maroussia Henrich, Benjamin Lhommas, Julien Rousseaux
Danseuse : Colombe Villaume, Aurélie Nezri
Mise en scène : Frédéric Fage
Au... :  Collège de la Salle

Et là… c’est le drame (sans mauvais jeu de mots). 

Les acteurs, au nombre de trois étaient tous dans la surenchère, et tous si stéréotypés… Chaque émotion ne correspond qu’à un ton, un seul.  Rien, vraiment rien ne sonnait juste. La mise en scène était aussi mauvaise que les acteurs. Et même le décor était kitschissime. Pour ne rien arranger, le texte, pourtant de Strindberg, m’a semblé terriblement daté. Gustav, un personnage sensé être au bout du rouleau, épuisé tant physiquement que moralement, est joué par un jeune homme au collier de barbe finement travaillé, au teint mordoré et aux abdos (largement découverts) plus que proéminents – la dépression et la jalousie qui le rongent le font donc en toute discrétion. Pourquoi les abdos de Gustav sont-ils découverts ? Mais parce qu’il porte une salopette dont une bretelle pend négligemment dans son dos. Et pourquoi porte-t-il une salopette ? 

a) C’est un enfant de 5 ans (mais nourri aux anabolisants, donc)
b) C’est un hippie qui revendique son combat contre la guerre et pour la ganja
c) C’est un artiste-han.

La bonne réponse est la réponse C – la réponse B était pourtant tentante, mais la bretelle pendant négligemment dans son dos a/aurait dû vous mettre sur la voie. 

Et je ne parle pas de la veste à tête de mort en strass que porte l’autre comédien (pourquoi ? Mais pourquoi ?) et qui laisse deviner sous son chèche son torse glabre (là encore, pourquoi à demi-nus ?). 

J’ajouterais que le personnage qui se suicide à la fin de la pièce le fait hors-scène… avant de revenir sur scène toujours avec ses abdos bronzés, une large traînée de sang au niveau du cœur… et sur ses deux jambes (LOGIQUE), afin que l’actrice puisse pleurer ostensiblement sur son corps…

Entre les actes passe une danseuse qui, en dépit d’offrir le seul moment agréable de la pièce, est assez inutile puisque les intermèdes dansés et la pièce évoluent séparément.

Le groupe d'amies avec qui j'étais a unanimement trouvé cette pièce mauvaise et ennuyeuse. Selon le grand Dieu Internet, les autres spectateurs semblent aimer, pourtant…

Et voilà donc pour mes deux premiers jours au Festival d’Avignon ! La suite très bientôt…

Bee dans Critiques.
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