Fred Vargas - Coule la Seine

Coule la Seine est un recueil de trois nouvelles écrites par Fred Vargas et parues dans différentes revues ou éditions à la fin des années 1990. Les courtes enquêtes s’intitulent « Salut et Liberté », « La Nuit des Brutes » et « Cinq francs pièce ». Toutes mettent en scène le commissaire Adamsberg et son acolyte Danglard, personnages récurrents de ses romans policiers.

Un duo de choc

Parlons-en, de ces deux-là ! Comme tout duo qui fonctionne, on les aime parce que leurs différences sont source de rythme et de comique. Adamsberg se distingue par sa nonchalance, son côté rêveur et mystérieux, son instinct qui le met sur la bonne voie sans que le commissaire ne sache trop comment ni pourquoi ; Danglard, lui, est un père de famille célibataire, a un léger penchant pour la bouteille, une culture générale incroyable et une patience variable quand il s’agit de supporter les réactions pas toujours rationnelles d’Adamsberg.

Tous deux s’avèrent attachants à leur manière. Adamsberg paraît à côté de ses baskets mais comprend en réalité le monde et l’homme comme personne. Danglard, plus terre-à-terre, nous rappelle plus volontiers le commun des mortels, celui qui doit nourrir ses enfants en rentrant le soir, qui cherche une logique dans les faits qu’on lui présente et qui a le bon sens de se parer d’un parapluie en cas d’orage.

Enquêtes express

Les trois nouvelles de Coule la Seine sont courtes : de trente à soixante pages. Cela ne laisse pas de places aux péripéties à rallonge. Les amateurs d’intrigues complexes risquent de finir déçus de ce recueil. Ceux qui comme moi sont plutôt portés sur les récits courts, que l’on peut lire le temps de quelques trajets en métro ou pauses déjeuner, seront au contraire servis.

Le mystère autour des trois petits méfaits est vite levé par Adamsberg, pour qui les lettres anonymes, les noyades de Noël et les tentatives d’assassinat sont des problèmes qui se résolvent à grand renfort de marche dans les rues de Paris, de réflexions sans lien les unes entre les autres et de petits dessins sur des feuilles blanches.

Joyeux petits meurtres…

Fred Vargas trouve quand même le temps de truffer ses nouvelles d’humour. J’ai particulièrement apprécié la vision qu’Adamsberg a de Noël, requalifiée de « nuit des brutes ». Maintenant que la fête d’Halloween est passée, les commerces ne vont pas tarder à orner leurs vitrines de rouge, de fausse neige et de Pères Noël. Ce qu’Adamsberg en dit ? « Depuis cinq semaines, le vieux type à barbe blanche et robe rouge a envahi les murs, jovial et prometteur. Il est increvable, ce type. Il a pourtant la tête d’un gars qui a forcé toute sa vie sur le pinard. »

Les témoins, coupables ou simples rencontres en cellule de dégrisement, sortent de l’ordinaire. Fred Vargas fait intervenir un dandy ivre obsédé par les plis de sa veste, un SDF vouant une loyauté sans pareil à son caddie rempli d’éponges abandonnées, ou un tailleur à la dérive passant ses journées sur le banc en face du commissariat à cracher des olives sur des lampadaires. Ils ont tous un petit côté burlesque qui donne son charme au recueil.

… sur fond de vie parisienne

Paris est le théâtre où se rencontrent tous ces personnages incongrus. Paris, traversée par la Seine où sont jetés les cadavres ; Paris, avec ses stations de métro, ses ponts, ses cafés, ses élites et ses paria, ses chambres de bonne au septième étage sans ascenseur, sa balade sur les quais de Seine, son odeur de pisse, ses parisiens, ses provinciaux, ses gares et ses places.

Fred Vargas agrémente les trois courts récits de références aux réalités, belles et moins belles, de la vie parisienne. Les Parisiens exilés en seraient presque nostalgiques... Presque.

Louknaille dans Critiques.
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