Hunger Games - Sacrifiés à la Révolution

J'ai mis quelques temps et trois films à me lancer dans la fameuse série de Suzanne Collins, Hunger Games, tout simplement parce que je pensais que les films suffisaient. Que les livres, destinés aux adolescents, ne m'apporteraient rien de plus. Je suis heureuse aujourd'hui d'avoir su aller au-delà de mes préjugés.

Le leitmotiv de la Faim

Nul besoin d'être bilingue pour savoir que les Hunger Games sont les "Jeux de la Faim". Or, la Faim est un motif omniprésent dans la saga, c'est par la faim que Katniss débute son récit, par la chasse, par la mort de son père - qui a fait naître la faim dans son univers d'enfant. C'est encore par elle que Katniss nous émeut pour la première fois et fait la connaissance de Peeta, fils des boulangers du district 12 : c'est le fameux épisode des pains qui ne cessera de la tourmenter et de la rassurer à la fois. Le pain : aliment primitif et primordial, qui devient le plus précieux des cadeaux au sein de l'Arène et dont l'équivalent latin est "Panem", nom donné à ce monde post-apocalyptique sorti de l'imagination fertile de Suzanne Collins. Le Capitole enfin, qui fait reposer sa domination et l'ensemble de son fonctionnement sur les privations infligées aux populations des districts, tel une gigantesque sangsue.

Un des grands mérites de la saga est de nous faire redécouvrir la faim, à nous Occidentaux, qui en grande majorité ne connaissons plus ce que c'est que d'être affamés et systématiquement sous-alimentés. Il semble enfin que la série dans son ensemble puisse être paradoxalement comparée à un grand festin. Ses débuts abrupts et stylistiquement arides (omniprésence du présent simple) laissent progressivement la place à tout une série d'amuse-bouches : la Moisson, l'arrivée au Capitole, la parade en char, les interviews de Caesar Flickerman (l'imparfait)... Puis viennent les jeux : une sorte d'entrée un peu trop épicée. Les seconds jeux de l'expiation puis la révolte des districts ne nous laissent pas le temps de reprendre notre souffle. Sur fond de Révolution, cette révolte est le plat de résistance (que le nom est bien choisi !). Enfin le dessert, la victoire des rebelles, laisse un goût doux-amer au lecteur, le sentiment qu'il ne parviendra jamais à digérer ce terrible festin...

Nous regarder dans un miroir et voir le Capitole

Les allusions à la Rome antique ne vous auront pas échappé. Panem, le Capitole, Caesar, Cinna, Seneca, Castor & Pollux... elles sont omniprésentes, jusqu'aux Jeux en eux-mêmes, qui évoquent immédiatement les affrontements des gladiateurs dans les cirques romains. Rome fut un empire immense, dont le rayonnement culturel est parvenu jusqu'à nous. Cet empire s'est effondré. Ainsi le nom choisi pour baptiser le Capitole nous annonce dès les premières pages du roman comment ce dernier va se terminer. Par la révolte et la destruction.

Cela est d'autant plus terrifiant que le Capitole nous ressemble terriblement. C'est une caricature bien sûr mais si l'on y réfléchit bien, les traits sont à peine forcés. Katniss découvre au Capitole la cuisine fine, la haute couture, l'eau courante, le train, le maquillage, les tatouages... Tous ces éléments font plus ou moins partie de notre vie. L'indifférence à la faim d'autres peuples dont nous exploitons les matières premières, les inégalités de richesses et de liberté, les dictatures et les révolutions, la tendance au voyeurisme outrancier de la téléréalité et du journalisme : tout cela reflète notre société. Suzanne Collins nous tend un miroir, et notre reflet n'y est pas beau à voir...

Les sacrifiés de la Révolution

Katniss, Peeta, Gale, Prim, les tributs, les enfants : ce sont les sacrifiés de la Révolution. Le dernier affrontement se termine d'ailleurs par un massacre d'enfants. Ce n'est pas anodin : c'est le pire qui puisse arriver. Certes la cause des Rebelles l'emporte, mais le traumatisme est trop grand. On sent bien quelle sera l’œuvre des générations futures, les efforts incroyables qu'il leur faudra déployer pour oublier, cicatriser, s'apaiser. Suzanne Collins a su retranscrire dans ses romans le traumatisme que peut représenter une guerre mondiale. Katniss quant à elle, vivante image du Geai Moqueur, n'a peut-être jamais cessé d'être une image dans cette Révolution, comme si la fin du roman la dépossédait de son statut d'héroïne. Et c'est peut-être cela le plus choquant pour un lecteur : une héroïne brisée.


Retrouvez toute la série aux éditions Pocket Jeunesse : http://www.pocketjeunesse.fr/site/la_serie_hunger_games_&2000&1802.html

Lucie Laval dans Critiques.
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