Jules Barbey d'Aurevilly - L'Ensorcelée

Une atmosphère de film d'horreur

L'Ensorcelée, c'est un roman de Jules Barbey d'Aurevilly, auteur et Dandy du XIXème siècle. Ce roman sulfureux se déroule dans un trouble paysage de lande, la lande de Lessay. L'auteur indique qu'il s'agit "d'une des plus considérables de cette portion de la Normandie qu'on appelle la presqu'île du Cotentin". Cette lande est un véritable labyrinthe et sa morne monotonie ferait perdre son chemin au plus aguerri voyageur ; comme c'est le cas du narrateur qui s'y aventure en pleine nuit, et a la bonne idée de faire le chemin en compagnie d'un paysan de la région. 

Soudain, alors qu'ils cheminent au botte-à-botte dans ce décor déjà peu rassurant, la robuste jument du paysan se met à boiter lamentablement de façon inexplicable. Le narrateur écoute alors d'une oreille attentive le récit de son compagnon, qui soupçonne un berger vagabond de lui avoir jeté un sort... Puis ils entendent comme sorti de nulle part le son d'une cloche. Maître Tainnebouy raconte qu'il s'agit de la cloche de l'abbaye de Blanchelande, qui sonne la messe de l'abbé de la Croix-Jugan, cloche qu'il n'a entendu qu'une fois par le passé, au moment précis où son enfant de quatre ans mourrait de convulsions...

Un anti-héros terrifiant

L'abbé Jéhoël de la Croix-Jugan, c'est tout un poème... C'est un abbé d'origine noble forcé à devenir prêtre en raison de sa condition de cadet. L'habit ne fait pas le moine, et c'est d'autant plus vrai pour ce beau visage austère qui, dès les débuts de la Chouannerie, s'engage contre les Bleus, pour soutenir la cause du Roi. Voyant que les chouans ne pourront changer le cours des événements, il décide de se suicider. Il manque cependant son coup et reste horriblement défiguré. 

A la réouverture des églises quelques années plus tard, l'abbé de la Croix-Jugan, un capuchon sombre toujours vissé sur sa tête, célèbre régulièrement la messe à l'abbaye de Blanchelande, attirant tous les regards - relativement terrifiés - de la foule qui tente en vain de le dévisager. 

Un drame inexpliqué

Entre la Lande et l'abbé de la Croix-Jugan, il y a Jeanne Le Hardouey. C'est elle, l'Ensorcelée. Elle est d'origine noble et a été mariée à un paysan qui a fait récemment fortune en spéculant sur la vente de terrains ayant appartenu à la noblesse locale partie en exil. Elle vit cette mésalliance comme une humiliation. Lorsque à l'église elle croise le chemin de l'abbé de la Croix-Jugan, tout change. Elle commence à dépérir, développe une véritable obsession pour l'abbé et est finalement retrouvée noyée dans un lavoir... 

Ce roman, entre surnaturel et Histoire, où se côtoient malédictions et drames humains, est un des chefs-d'oeuvre de Barbey d'Aurevilly. Il donne un aperçu émouvant de la société normande de la seconde moitié du XIXème siècle, des croyances de la population, de l'empreinte d'un paysage sur une vie, et des transformations opérées sur la société depuis la Révolution. Inutile de dire que le tout est incroyablement bien écrit. Un vrai bijou brut.
Retrouvez L'Ensorcelée de Jules Barbey d'Aurevilly chez Gallimard dans la collection Folio Classique
http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-classique/L-Ensorcelee

Lucie Laval dans Critiques.
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