Le Meilleur des Mondes - Huxley

Ce texte est une réponse à Hunger Games - Sacrifiés à la Révolution de Lucie Laval.

La dystopie

La dystopie, ou contre-utopie, est apparue dans la première moitié du XXe siècle. Des auteurs tels que George Orwell (1984), Ray Bradbury (Fahrenheit 451) et Aldous Huxley (Le Meilleur des Mondes) ont rendu le genre populaire en décrivant des sociétés fondées sur un système utopique qui vire au totalitarisme et/ou n’engendre pas le bonheur promis.

Un système qui fonctionne

Une société eugéniste stable

Dans Le Meilleur des Mondes ("Brave New World" en anglais), Huxley dépeint un Etat mondial en l’an 632 de Notre Ford, soit autour des années 2540 de notre ère. L’élément clé de la société présentée est la stabilité.

Les individus sont conçus en laboratoire et leur développement répond à un système eugéniste très sophistiqué qui les divise en 5 classes. Chaque classe est dotée de caractéristiques physiques propres et les individus sont conditionnés par l’hypnose pendant leur sommeil tout au long de leur développement. Ainsi, chacun grandit en apprenant comment il se positionne par rapport aux autres classes et pourquoi celles-ci sont aussi importantes que la sienne dans la société, même quand elles sont inférieures.

Des individus privés des passions humaines

En outre, le conditionnement des individus prévient la naissance des passions dans cette société que rien ne doit perturber. S’attacher à un être est interdit. La sexualité est un pur acte de loisir et une façon de sociabiliser. Elle ne doit jamais s’accompagner d’exclusivité, et encore moins de procréation.

La société de l’Etat mondial se distingue donc de celles d’autres œuvres du genre, car les citoyens sont heureux. Ce système utopique frappe le lecteur par son manque d’humanité, mais de l’intérieur, il fonctionne.

Le choc des cultures

O brave new world…

Le Meilleur des Mondes aborde la question du choc des cultures quand le héros Bernard Marx propose à Lénina Crowne, dont il est amoureux, un voyage au Nouveau Mexique. On y trouve encore des Réserves à Sauvages, dont le mode de vie contraste radicalement avec celui de l’Etat mondial.

Bernard et Lénina y rencontrent Linda et John. Linda a vécu à Londres et s’est perdue au Nouveau Mexique. Elle n’a jamais tenté de rentrer car la naissance de son fils John la couvre de honte. John, désormais adulte, demande toutefois à Bernard de les ramener à Londres avec lui. Le titre anglais du roman, Brave New World, fait directement référence aux propos de Miranda, protagoniste de La Tempête de Shakespeare : « Ô nouveau monde admirable… ». John déchante cependant bien vite.

Des mondes que tout sépare

Exhibé comme une bête de foire, John ne trouve pas sa place dans la société qu’il découvre et qu’il ne comprend pas. Tout comme la saleté et la maternité ont choqué Lénina au Nouveau Mexique, l’absence de tout sentiment humain à Londres finit par rendre fou celui que l’on surnomme le Sauvage, rongé de désir pour Lénina et de chagrin pour sa mère récemment décédée.

Il est vrai qu’un immense fossé sépare les deux mondes décrits par Huxley. L’Etat mondial incarne l’ère de la Révolution Industrielle et des avancées scientifiques et techniques. Le progrès a remplacé Dieu, comme en atteste l’instauration d’un nouveau calendrier en l’honneur du grand Henry Ford. Le Nouveau Mexique, lui, nous rappelle ce qu’il y a d’animal et de primitif en l’homme.

Huxley témoin d’un monde en évolution

Le Meilleur des Mondes est évidemment une fiction, mais l’on peut émettre deux constats.

Tout d’abord, les évolutions du monde contemporain (années 20-30) y sont clairement identifiables, à travers les références politiques contenues dans les noms des protagonistes, le développement de la génétique, du comportementalisme ou encore la rationalisation des modes de production.

D’autre part, Huxley fait preuve de clairvoyance dans son anticipation de l’avenir. Dans sa préface au Meilleur des Mondes de 1946, disponible dans la version Pocket, l’auteur revient sur son œuvre et nous confie :

« A tout bien considérer, il semble que l'Utopie soit beaucoup plus proche de nous que quiconque ne l'eût pu imaginer, il y a seulement quinze ans. A cette époque je l'avais lancée à six cents ans dans l'avenir. Aujourd'hui, il semble pratiquement possible que cette horreur puisse s'être abattue sur nous dans le délai d'un siècle. »

A quoi l’on ne peut s’empêcher de songer qu’en effet, au-delà des crimes commis par les nazis au nom de races jugées supérieures à d’autres, il n’a pas fallu attendre les années 2540 pour assister à la naissance des bébés en flacons, à la libération sexuelle ou à des regroupements d’Etats régionaux ou mondiaux. Fort heureusement, la réalité reste cependant plus joyeuse pour nous que pour Bernard et John ! 

Louknaille dans Critiques.
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