Miniaturiste de Jessie Burton

Ce texte est une réponse à La jeune fille à la perle - Tracy Chevalier de Lucie Laval.

Immersion dans l'Amsterdam du XVIIème siècle

Miniaturiste est un roman de Jessie Burton paru aux éditions Gallimard, qui m'avait tapé dans l’œil au début du mois de septembre, période critique de la rentrée littéraire. Il était indiqué sur la quatrième de couverture que ceux qui avaient apprécié La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier s'en trouveraient charmés. J'ai mordu à l'hameçon, consciente d'être sans doute victime d'une belle astuce marketing tout en ayant l'espoir de ne pas me faire avoir. 

Disons que je ne me suis pas complètement fait avoir. Ce roman de Jessie Burton, en dehors du pays et de l'époque, ne m'a pas beaucoup évoqué La jeune fille à la perle. Et c'est tant mieux, car Miniaturiste mérite d'exister en tant que tel. C'est un roman tout à fait intriguant, bien écrit et je dirais même troublant. Presque aussi trouble que les eaux du canal sur lequel donnent les fenêtres de notre héroïne...

Dès le début on nous présente la jeune Nella (Petronella) : c'est la fille aînée d'un commerçant ruiné qui a eu la riche idée de mourir en ne laissant à sa veuve et à ses quatre enfants que des dettes à se partager. Situation classique, empathie etc. Ce qui est moins classique, c'est que la mère de Nella cherche très vite à la marier à un beau parti, et qu'elle trouve très vite preneur (pardonnez cette expression mercantile, mais c'est exactement celle qui convient). Un très riche commerçant d'Amsterdam vient un jour l'écouter jouer du luth, l'épouse dans la foulée, et repart aussi sec à ses affaires. Quand elle se rend à son tour à Amsterdam pour le rejoindre, elle est accueillie par la sœur glaciale de son époux, et celui-ci brille par son absence. Lorsqu'il revient enfin au logis, et tout en affichant un comportement amical, il continue de bouder la chambre de Nella... Evidemment, la jeune fille ne tarde pas à se poser des questions... 

Maître dans l'art de l'infiniment petit

Et puis il y a cette histoire de miniaturiste. Je ne vous en dirai pas plus sur cet étrange personnage, mais sachez seulement qu'en guise de "cadeau de mariage", Johannes Brandt (c'est le mari) offre à sa jeune épouse une reproduction miniature de leur maison. Il l'autorise à la meubler comme une maison de poupée et c'est ainsi que Nella contacte un miniaturiste pour meubler la seule maison dont elle se sent la véritable maîtresse, maîtresse mélancolique et délaissée. Elle ne commence à s'inquiéter que lorsque le miniaturiste commence à lui envoyer sur sa propre initiative des meubles qui ressemblent trait pour trait à ceux de la véritable maison, des poupées qui sont les reproductions fidèles de ses habitants, et qui lui dévoilent leurs pires secrets...

L'incertitude règne et le mystère demeure...

Ce qui est particulièrement troublant avec ce roman, c'est qu'il ne nous livre pas toutes les clés de l'histoire. En effet, certains faits demeurent obscurs. Et nous sommes pourtant tellement habitués à ce qu'un dénouement fasse la lumière sur tous les éléments de l'intrigue, que cela est dans un premier temps tout à fait déstabilisant. Et puis, l'on se dit que la Vie elle-même est ainsi, et que ce roman n'en est que plus vraisemblable. Enfin, je me suis dit que c'était peut-être ce qui donnait le plus de charme à cette histoire : ce clair-obscur dans lequel elle nous plonge. Je vous conseille donc vivement de lire Miniaturiste, je vous garantis que c'est une bonne affaire !


Retrouvez Miniaturiste de Jessie Burton aux éditions Gallimardhttp://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Du-monde-entier/Miniaturiste

Lucie Laval dans Critiques.
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