Librairie PUF et impression à la demande

Librairie PUF rue Monsieur le Prince

Vous avez peut-être déjà entendu parler de la librairie des Presses Universitaires de France (PUF) qui a ouvert le 10 mars dernier rue Monsieur le Prince, à quelques pas du Boulevard Saint-Michel ? Sachez que c'est une librairie pas comme les autres, et c'est grâce aux précieuses suggestions de Delta251050 que je me suis décidée à aller à sa rencontre. Voici le concept en quelques mots.

Vous entrez dans la librairie et découvrez une petite salle munie d'un espace avec des étagères présentant en un exemplaire la majorité des titres du catalogue Puf ainsi qu'un espace café avec des tablettes (numériques, pas des tablettes de chocolat) à dispositions pour consulter tranquillement le catalogue Puf en buvant une boisson chaude. Lorsque vous avez trouvé votre bonheur vous validez votre choix auprès du libraire qui va alors lancer l'impression au fond de la librairie avec cette fameuse machine d'impression à la demande. En cinq minutes c'est plié, vous avez votre livre flambant neuf !

Une machine qui imprime un livre en cinq minutes - trop cool !

Trop cool, en effet, une machine qui permet d'imprimer un livre en cinq minutes ! Au-delà de la prouesse technique, cela fait de la librairie Puf une des plus grandes d'Europe avec 5000 références disponibles, malgré la surface réduite de la librairie.  Je vous laisse découvrir en photos cette librairie pas ordinaire, qui sera je pense rapidement déclinée à Paris comme ailleurs par d'autres éditeurs ainsi que par les librairies indépendantes



  

Les conséquences pour le marché du livre

Plus jamais de livres épuisés ?

Aviez-vous réalisé qu'une telle innovation vient de faire disparaître la notion de "livre épuisé" ? En effet il suffit d'avoir enregistré une version numérisée de tous les livres du catalogue pour pouvoir les imprimer à la demande, et un livre ne sera donc plus jamais épuisé ! Sauf exceptions (procès, nouvelle édition, censure...) bien entendu. Voici donc un problème récurrent de la chaîne du livre sur le point d'être résolu !

Conséquences pour les éditeurs et les imprimeurs

Quelles sont donc les conséquences pour les éditeurs et les imprimeurs ? Et bien cela va grandement faciliter la vie aux éditeurs qui disposeront comme les Presses Universitaires de France d'une librairie dédiée dotée d'une machine d'impression à la demande. Ainsi pas de stocks, pas de ventes perdues, pas de livres pilonnés... et surtout fini le fameux dilemme : tel livre est épuisé, on en vend quelques dizaines par an mais en faire imprimer un petit tirage va nous coûter une fortune... Tant pis, on ne réimprime pas et il sera épuisé. Fini, je vous dis !

Par conséquent, pour les imprimeurs, c'est moins chouette... Bien sûr toutes les librairies ne sont pas encore dotées d'une machine d'impression à la demande mais imaginez quand ce sera le cas. L'éditeur fera toujours imprimer ses nouveautés chez un imprimeur avec un tirage conséquent (donc moins cher), mais pour ce qui est du réassort, surtout pour les livres qui se vendent peu (la grande majorité), l'imprimeur risque de perdre ces commandes. Donc ce n'est peut-être pas une super nouvelle pour les imprimeurs...

Conséquences pour les distributeurs

Et qu'en est-il des distributeurs, des commerciaux ? Cette invention menace-t-elle leur métier ou va-t-elle leur faciliter la tâche ? Evidemment l'impression à la demande permet d'avoir à disposition des milliers de références en librairie sans pour autant les avoir en stock... Donc le rôle du distributeur, qui est de s'assurer que les livres sont bien en librairie, perd en pertinence, ou du moins va se transformer. 

Car il est probable que les négociations entre libraires et distributeurs se situeront désormais au niveau de la présence physique des livres en librairie et pas seulement en numérique. Or si les librairies (indépendantes et non pas dédiées à un éditeur) se tournent à leur tour vers une formule similaire à celle des PUF avec une surface réduite mais toutes les références enregistrées en numérique, cela sera compliqué pour les commerciaux... 



  

Conséquences pour les libraires

Quant aux libraires, c'est tout bénef ! Bien sûr il y a un investissement au départ, cette précieuse machine ne doit pas être donnée... MAIS ! Cela permet aux librairies dédiées à un éditeur d'avoir tout le catalogue à disposition avec une très petite surface et pas de stocks (ce qui élimine également le fameux enjeu des retours). Et les librairies indépendantes peuvent aussi se doter de telles machines, collaborer avec les éditeurs pour avoir accès à leur catalogue numérisé et ainsi simplifier grandement la gestion de leurs stocks

On peut par exemple imaginer qu'à l'avenir, les livres présents physiquement en librairie seront uniquement les nouveautés et que les livres de fonds seront disponibles uniquement en impression à la demande. Sans compter que cette machine règle le problème des livres non présents en librairie et qu'il faut donc commander (problème à l'origine de la perte de nombreuses ventes en librairie) : il suffit désormais de l'imprimer !

Le marché du livre à l'aube d'une grande métamorphose

Comme vous le voyez, cette innovation, qui peut paraître anodine ou simplement amusante, peut potentiellement transformer en profondeur le marché du livre. Les termes "épuisé", "pilon", "commande" sont peut-être sur le point de disparaître du vocabulaire des acteurs de la chaîne du livre. Bien sûr, un tel changement prendra du temps, mais je pressens qu'une telle métamorphose ne se fera pas trop attendre : les enjeux sont trop grands... !

Lucie Laval dans Débats.
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