Jane Eyre & Mr. Darcy ou la complexité de l'Amour

Les romans anglais du XIXème anglais : l'amour... mais pas que !

Jane Eyre aurait-elle pu s’éprendre de Mr Darcy ? Elisabeth Bennet aurait-elle pu épouser Edward Rochester ? Encore une histoire de filles… va-t-on entendre soupirer sur le seuil de cette chronique. Eh bien non ! Lecteurs, lectrices, les aventures démesurément romanesques certes, des héros et des héroïnes de Charlotte Brontë et de Jane Austen ne se résument pas à de petites amourettes anecdotiques. L’Amour, bien sûr, y tient une place prépondérante, mais ces romans n’auraient pas eu le succès qu’ils ont connu s’il n’y avait eu que cela.

Jane Eyre et Pride and Prejudice sont avant tout de merveilleuses galeries de portraits. De beaux portraits, pas toujours ; car si la beauté demeure un attribut de Miss Bennet et de Mr Darcy, elle est refusée à Jane et à Edward Rochester, qui se caractérisent justement par des physiques atypiques, non dénués de force et d’expression, mais trop étranges pour être qualifiés de beaux. Première nuance. De plus, les personnages « périphériques » à ces deux couples emblématiques sont souvent grotesques et caricaturaux, d’une laideur physique et morale qui tient de la farce et se trouve parfois traitée grâce aux traits aiguisés de l’ironie. Il nous suffit de citer Lydia Bennet ou encore Mr Collins, pour s’en persuader. D’autre s’illustrent par leur cruauté, tels que Mr. Lockwood et Mrs Reed, les persécuteurs de la petite Jane. Enfin, la beauté physique cache parfois la laideur morale, principe phare de Pride and Prejudice, qui s’incarne dans le personnage de George Wickham, possédant tous les charmes extérieurs et dissimulant avec soin tous les vices possibles et imaginables.

Les évolution du statut de la femme et du mariage dans la première moitié du siècle

Ces portraits plantent en arrière-plan le décor du XIXème siècle anglais, si préoccupé de convenances et d’intrigues matrimoniales. Mais entre le début du siècle (la chasse incessante au highly elligible young man) et la publication de Jane Eyre en 1847, c’est déjà une autre vision du mariage qui nous est présentée, et par la même occasion, une autre vision de la femme. Le mariage est en effet présent chez Jane Austen comme l’aboutissement ultime et naturel de la vie d’une femme, qui ne commence à exister que lorsqu’elle se retrouve « bonne à marier » (ce qui demeure paradoxal pour une Femme de Lettres qui ne s’est elle-même jamais mariée). Il n’en est pas de même de Jane Eyre : c’est dès le drame de sa naissance que nous commençons à la connaître, puis chez son horrible tante Reed, au pensionnat de Lowood et enfin, à Thornfield Hall, lieu à la fois de l’amour et de la mort, comme souvent. Jane Eyre est avant tout une héroïne indépendante, préoccupée de son honneur et sachant qu’elle ne peut compter que sur elle-même. Le mariage, pour elle, est la réalisation d’un bonheur inespéré, mais non la seule ambition de sa vie.

Jane Eyre & Mr. Darcy : le face-à-face !

Mais revenons à nos portraits, et mettons en regard Jane Eyre et Mr Darcy. Voilà deux visages impénétrables, troubles, la beauté de l’un contraste avec l’insignifiance de l’autre. Mais il ne parvient tout de même pas à laisser glisser son regard dédaigneux sur la jeune Jane Eyre sans remarquer la vivacité de ses yeux, la fugacité de son expression, la complexité de ses traits. Elle le passe, à travers l’humble regard qu’elle porte sur les personnes qui l’entourent, au crible de son analyse morale et psychologique. Ils se jaugent…

Ils savent tous deux ce qu’ils incarnent, quelle est leur histoire, comment l’un a vaincu son orgueil et ses préjugés par amour, comment l’autre a su déjouer les pièges du destin pour s’attacher à Edward Rochester. Au fond, ils se ressemblent. Ils sont pourtant complètement étrangers l’un à l’autre mais une lueur de sympathie trouble le fond de leurs regards. L’un comme l’autre, ils ont fait triompher l’amour, dans un monde profondément inadapté à un tel sentiment. Une histoire de filles ?

Regardez attentivement le portrait de Mr Darcy, puis de Mr Rochester. Ont-ils l’air de penser qu’il s’agit d’une simple histoire à l’eau de rose ? Lecteurs, lectrices, ils vous narguent alors, du fond de leurs toiles, pour n’avoir pas entrevu la complexité et la puissance de ce qui s’est joué dans leurs aventures…

Lucie Laval dans Un Homme – Une Femme.
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