Les Fleurs du mal de Charles Baudelaire

Ce texte est une réponse à Baudelaire et Le Spleen de Paris de Lucie Laval.

La grande oeuvre de Baudelaire

Les Fleurs du mal, c'est l'oeuvre principale de Charles Baudelaire. Baudelaire n'était pas un "auteur fleuve" tel que Victor Hugo ou Anatole France ; il se plaignait de son inactivité et de son incapacité à publier beaucoup. Pourtant, si Charles Baudelaire a autant d'impact aujourd'hui, avec relativement peu d'ouvrages à son actif (une vingtaine au total), c'est que ses écrits au moment de leur parution ont dû faire l'effet d'un coup de tonnerre... Et c'est effectivement le cas.  Coup de tonnerre esthétique, politique, moral, poétique, littéraire... Les écrits de Baudelaire déclenchent des réactions passionnées, depuis l'indignation d'Ern'est Pinard (qui fit condamner le recueil des Fleurs du Mal) jusqu'à l'admiration de Barbey D'Aurevilly (les grands esprits...). Les Fleurs du Mal est non seulement un recueil "coup de tonnerre", mais c'est un recueil vers lequel Baudelaire retourna toute sa vie. Comprenant exactement 100 poèmes lors de sa première édition, le recueil est d'abord amputé avant d'être régulièrement enrichi par Baudelaire entre 1857 et 1868 à l'occasion de nouvelles éditions. Les Fleurs du Mal, c'est l'oeuvre d'une vie, d'une vie de scandale. 

Le scandale des Fleurs du mal

Lors de sa première parution en 1857, le recueil des Fleurs du Mal, son auteur et son éditeur sont aussitôt traînés dans les tribunaux : "outrage à la morale publique" ! "Offense à la morale religieuse" ! Ern'est Pinard, procureur qui s'était déjà par le passé attaqué à Madame Bovary, prononce un réquisitoire extrêmement accusateur à l'encontre de ce que Baudelaire appelle lui-même ses "Fleurs maladives". Baudelaire et ses éditeurs sont finalement condamnés ; à une amende d'abord, ce qui n'est pas pour arranger notre poète dont les finances se sont toujours mal portées. 

Le recueil est également condamné à une amputation : six poèmes jugés trop scandaleux sont finalement censurésLes BijouxLe LéthéÀ celle qui est trop gaieLesbosFemmes damnées et Les Métamorphoses du Vampire. Voyons un extrait du poème Le Léthé

"Viens sur mon cœur, âme cruelle et sourde,
Tigre adoré, monstre aux airs indolents ;
Je veux longtemps plonger mes doigts tremblants
Dans l'épaisseur de ta crinière lourde ;

Dans tes jupons remplis de ton parfum
Ensevelir ma tête endolorie,
Et respirer, comme une fleur flétrie,
Le doux relent de mon amour défunt
."

Bien sûr qu'il y avait de quoi s'indigner. Les rêves trop voluptueux sont alors perçus comme une menace à la bienséance, mais quoi : Baudelaire l'emmerde la bienséance. Donc la bienséance l'emmerde, et le censure. PAF. Le recueil ne sera réhabilité qu'en 1949 !

Le statut déshonorant de "Classique"

Certains pourront trouver cette réflexion contradictoire, mais assurément, pour un Baudelaire, le fait d'être considéré comme un "Classique" est la pire chose qui pouvait lui arriver... Non pas qu'il n'ait pas été en quête de reconnaissance, sinon il n'aurait pas recherché la compagnie de Sainte-Beuve. Mais il aimait à être reconnu en temps qu'OVNI, inclassable, sulfureux, à mille lieues de toute convention sociale et poétique

Et de fait, Baudelaire est de moins en moins lu, surtout par les jeunes générations. "Baudelaire, un des plus grands poètes français !". Tu parles si ça donne envie... Si tout le monde est d'accord, alors quel intérêt ? Moi qui ne veux rien faire comme tout le monde en cette période d'affirmation de mon moi qu'est l'adolescence, je n'irai certainement pas lire du Baudelaire ! Penses-tu ! Mon grand-père en est fou ! 
Jeunes gens (dont je fais partie), écoutez-moi : Baudelaire est un poète absolument infréquentable !!! Retrouvez le recueil des Fleurs du mal de Baudelaire aux éditions Gallimardhttp://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Poesie-Gallimard/Les-Fleurs-du-Mal

Lucie Laval dans Un Homme – Une Femme.
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