Une jeune fille comme il faut de Ramon Pipin

Une jeune fille comme il faut : premier roman de Ramon Pipin

Ramon Pipin, c'est le pseudo d'Alain Ranval, et Alain Ranval, pour ceux qui n'ont pas de mémoire ou qui ne le connaissent tout simplement pas, c'est le fondateur et guitariste du groupe Au bonheur des dames puis du groupe Odeurs. Depuis, Alain Ranval compose de la musique pour le petit et le grand écran, il a réalisé plusieurs albums pour Renaud et a également composé pour le théâtre... Bref sa carrière musicale est vaste et bigarrée, la preuve en vidéo :






La descente aux enfers d'un fils de flic

Une jeune fille comme il faut, cela traite évidemment d'une jeune fille PAS comme il faut. Tout commence lorsque Paul Gourniche, commissaire, libère une jeune fille séquestrée depuis un an par un jeune voyou qui finit par se suicider. Naja (c'est le prénom de la jeune personne) commence à sortir avec Fabien, le fils du commissaire. Et le petit Fabien, il commence vite à s'éloigner du droit chemin... Naja, comme son nom l'indique, c'est la tentation incarnée : il découvre à la fois le sexe, le vol et l'alcool... Un cocktail détonnant qui ne lui réussit pas. 

On ne s'improvise pas écrivain...

Je préviens d'ores et déjà que cet avis est le mien et qu'il n'engage que moi, et j'en profite pour vous dire que je n'ai pas beaucoup apprécié cette lecture... Le pourquoi du comment en trois points !

Une intrigue sans surprise

Je ne vais pas vous dévoiler la fin, mais très franchement, ce n'est pas un coup de théâtre. D'ailleurs, cette histoire d'adolescent rangé qui se fourvoie lorsqu'il commence à découvrir la sexualité et la transgression, c'est à divers degrés notre adolescence à tous. De plus c'est un récit hybride, pas vraiment polar, pas vraiment romance, qui souffre de ce flou artistique. Les épisodes s'enchaînent assez naturellement mais sans surprise, n'apportant ni frissons ni émotions. Même les divers flirts avec des thèmes polémiques comme la pédophilie, la séquestration et la contrebande ne parviennent pas à pimenter le récit...

Des personnages outranciers et caricaturaux

Si les personnages secondaires (la mère de Fabien et sa grand-mère, atteinte d'Alzheimer par exemple) sont assez réussis et authentiques, j'ai eu des difficultés à prendre les personnages principaux au sérieux. Le commissaire Gourniche, dépressif, en fin de carrière, attiré malgré lui par le corps juvénile et provoquant de Naja, est relativement cliché. Fabien également, en adolescent mal dans sa peau que l'éveil de sa bistouquette rend capable de toutes les audaces - tout en étant tiraillé, bien sûr, par les principes moraux durement inculqués par son père. Quand au personnage de Naja : c'est l'hystérie adolescente sans nuances et sans panache. Blonde et inculte évidemment, elle n'a pas trois mots de vocabulaire... par contre elle sait baiser c'est sûr. Casting à revoir donc. 

Des dialogues du siècle dernier

Ce qui a été le plus difficile pour moi, c'est les dialogues. Nous sommes d'accord, le siècle dernier ce n'est pas si loin... sauf que ce roman vient de paraître et que ses dialogues "datent" déjà. Ils fleurent bon les années 90 : "C'est pour s'occuper des chevaux, c'est ça, hypokhâgne ? C'est sympa comme métier. Bon, j'te laisse mon phone, t'appelle un soir pour qu'on sorte tous les deux, t'es cute". Et quelques 30 pages plus tard : " J'ai pas connu beaucoup de mecs avant toi, je suis comme un papill'on qui va sortir de son truc là... - De sa chrysalide", et puis "Elle ôte sa coiffe ridicule, approche langoureusement le visage du ventre de son amant et happe délicatement la tête du poulet qui dodeline entre ses jambes"... [???] 

Bref, le genre vintage c'est un style, c'est sûr... Mais encore faut-il que cela soit fait avec finesse et un peu de recul. Or, la plupart des vannes de Fabien et de son père (car elles se ressemblent beaucoup - humour génétiquement transmissible), si elles ne sont pas toutes mauvaises, tombent souvent à plat. Et puis la vulgarité inventive, c'est sympa, mais la vulgarité tout court...  Dernier exemple de franc-parler policier bien de chez nous : "Mon con, on voit que t'as jamais eu le bonheur de te reproduire, réplique Turgot, parce que quand ta moitié vient à peine de dépoter son gluant, crois-moi qu'il est pas joli-joli, le fruit de tes couilles, tout écarlate et couvert de mucosités". Enfin bref, vous l'aurez compris, Une jeune fille comme il faut, ce n'est pas ma tasse de thé...

Lucie Laval dans Un Homme – Une Femme.
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