Jean de La Varende

Un écrivain de la noblesse française finissante

Jean de La Varende, c'est déjà un très beau nom : même sans le connaitre et sans avoir jamais lu ses romans, la poésie du nom suffit à donner envie d'être présenté à cet auteur du XXème siècle, si attaché aux valeurs de l'Ancien Régime. Car Jean de La Varende n'est qu'un nom écourté : Baron Agis de Saint Denis, "vicomte" de La Varende, Jean Balthazar Marie de ses prénoms ! Cela annonce, mine de rien, les paysages et l'atmosphère de prédilection de l'auteur : celle de la noblesse (normande, précisons-le) en fin de lignée, la petite noblesse des campagnes, si proche de ses paysans, de sa Terre et de ses responsabilités. 

Cet écrivain a d'ailleurs mené une vie de châtelain au château familial de Bonneville à partir de 1919, après avoir été démobilisé. Ses succès de librairie se font de plus en plus marqués à partir de la publication de son roman Nez de Cuir, Gentilhomme d'amour en 1936. Souvent accusé (sans doute à tort) d'avoir été proche de journaux acquis aux thèses collaborationnistes pendant la seconde guerre mondiale, il est à plusieurs reprises très critiqué par ses contemporains. Cela ne l'empêche pas cependant de produire une quantité impressionnante de nouvelles (plus de deux cent !) et de romans très prisés du public. 

Un roman catastrophe

Son roman Le Centaure de Dieu est la suite de Nez de Cuir, et fait partie de cette catégorie de romans qui marque le lecteur, peut-être à vie, d'une empreinte discrète mais tenace. Le drame qui se déroule sous nos yeux, celui d'un monde en déclin et d'une jeunesse tourmentée, ne peut laisser indifférent.

Le jeune Gaston de La Bare est le fils cadet d'une famille de petite noblesse normande. Enfant exalté et émotif, très religieux, il décide d'entrer dans les ordres, ce qui étant donné son rang en fait un déclassé. Pourquoi ce choix ? En grande partie parce que Gaston a vu les femmes de sa famille et de son entourage souffrir de l'appétit des hommes, qu'il est écœuré par ces conquêtes, ces abandons, ces semi-viols, qu'il veut interrompre la chaîne jusque là ininterrompue de la reproduction...

La fin d'un monde

L'écriture de Jean de La Varende se laisse porter par le déclin du monde qui l'entoure : la vieille noblesse française. Cette volonté de Gaston d'interrompre sa lignée, de faire disparaître le nom des La Bare, de refuser de copuler pour assurer une descendance, c'est aussi reconnaître et accepter la fin de ce monde qui l'a engendré. L'encourager même. Lire Jean de La Varende, c'est redécouvrir un monde quasiment perdu ; des traditions dont les lointains échos peinent à arriver jusqu'à nous. C'est regarder en arrière, admirer le paysage, et constater le passage du Temps.  

Lucie Laval dans Illustres Méconnus.
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