Voltaire - le philosophe avant le poète

Voltaire représentant des Lumières

Quand nous évoquons Voltaire, des images se bousculent dans nos têtes. Le lecteur sait qu'avec Diderot et Rousseau il représente une haute figure du Siècle des Lumières qui a fini par saper les fondations intellectuelles et morales sur lesquelles s'était édifiée la monarchie française.
On songe également à l'homme d'esprit jamais à court d'une épigramme, au vulgarisateur de génie, au défenseur des faibles (L'affaire Calas), à l'apôtre de la tolérance, à l'ami de Frédéric le Grand, au trublion installé à Ferney sous la protection de la Suisse et cultivant libelle sur libelle à l'encontre du pouvoir Louis-quinzien.

Impertinent, séducteur en diable, capable de toutes les roueries et de toutes les audaces, Voltaire vit à cent à l'heure et ne manque jamais une occasion de faire parler de lui.

Voltaire : une oeuvre à deux visages

Qu'avons-nous retenu de son oeuvre protéiforme, foisonnante et singulière ? Eh bien, il faut d'abord reconnaître que la postérité a été fort cruelle envers lui. Voltaire ne doutait pas une seconde qu'il en toucherait les dividendes grâce avant tout à sa poésie et à son théâtre. L'époque, contrairement à la nôtre, mettait au premier plan ces deux genres littéraires.

Si Madame de La Fayette avait déjà ouvert la voie du roman, celui-là en effet ne jouissait en rien d'un prestige égal à ceux dans lesquels Voltaire rêvait de s'illustrer. Hélas ! l'auteur de "Candide" se révèle un poète assez quelconque et, au mieux, offre plutôt le visage d'un habile versificateur que d'un chantre inspiré. Le théâtre voltairien souffre lui-même de bien des insuffisances et n'est au fond qu'une pâle copie des pièces de Corneille et de Racine. "Zaïre" certes fait exception à la règle mais ne peut rivaliser avec "Le Cid" ou "Andromaque". Quelle déconvenue ! Tant d'efforts, tant d'énergie dépensés en pure perte !

Voltaire : ses contes et ses batailles

Or, par je ne sais quelle ironie du sort, ce sont ses contes, ses chroniques historiques, ses pamphlets, ses ouvrages philosophiques et sa correspondance qui assurent à Voltaire une éternelle gloire. Celui dont le dix-huitième siècle s'est emparé du nom en guise de référence, a produit des chefs-d'oeuvre là où ses ambitions se montraient nettement plus modestes. De "L'ingénu à "Micromégas" - sans oublier bien entendu "Candide" - à travers ses fameuses lettres rédigées d'une main experte, dans quantité d'écrits de combat, de réflexion et d'analyse, Voltaire joint l'érudition la moins lourde au trait incisif, à la formule décapante. Rien n'échappe à sa merveilleuse intelligence, et c'est un plaisir chaque fois renouvelé d'attacher ses pas aux siens.

Mais peut-on parler de Voltaire sans louer ce qui le caractérise le mieux ? Son style. On reste en effet confondu devant la clarté, la concision, la justesse d'une langue "chimiquement pure" et dépourvue de la moindre graisse. Le style de voltaire semble au-dessus de tous les styles. Maniant une syntaxe incorruptible, pleine de naturel et d'aisance, ce dernier incarne à merveille ce que l'on appelle "l'esprit français". En le lisant, nous sentons combien l'art d'écrire a reculé après lui. Subtil jusqu'à la perfection, un tel style reste à lui seul un bijou d'élégance et de raffinement, une sorte de miracle. Voltaire joue admirablement avec les mots, ménage les transitions de main de maître, passe d'une phrase à l'autre en virtuose et possède au plus haut point le génie de l'ellipse. Sa plume alerte emporte le lecteur fasciné par autant de finesse et de brio. Voltaire demeure indétrônable et, depuis sa mort, beaucoup d'écrivains ont désespéré de se hisser à son niveau. Peut-on égaler l'inimitable? 

Thierry CABOT dans Illustres Méconnus.
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