Baudelaire et Le Spleen de Paris

Ce texte est une réponse à Un été avec Baudelaire - Auteur du mois de Lucie Laval.

Baudelaire et Paris : une relation compliquée

Les petits poèmes en prose de Baudelaire ont également été baptisés Le Spleen de Paris, et cela nous mène directement vers deux notions clés de l'oeuvre de Baudelaire : le spleen, et Paris. Le Spleen incarne cette complexité de la relation Paris-Baudelaire. En effet, Baudelaire déplore sans cesse dans sa correspondance le fait qu'il ne parvient pas à travailler : Paris l'en empêche. Paris est le mauvais esprit qui le pousse à la Procrastination et qui paradoxalement lui a inspiré ces merveilleux Petits poèmes en prose où l'on retrouve des scène parisiennes si frappantes et étonnantes. 

Paris est à la fois la source d'inspiration et le frein à la créativité. Un relation "je t'aime moi non plus" à l'échelle d'une ville ; fréquemment, Baudelaire prend la décision de quitter Paris... mais il revient, toujours. Paris et ses habitants : Baudelaire semble les haïr tout en étant fasciné par leurs vies, leurs ridicules, leurs invraisemblances. Découvrez la fatuité parisienne dans Un plaisant, la misère parisienne dans Le vieux saltimbanque, le poète parisien dans Perte d'Auréole. Paris est partout, omniprésente, au centre des préoccupations du poète.  

Baudelaire : Les petits poèmes en prose

Les petits poèmes en prose de Baudelaire - un des recueils de poésie que je relis le plus souvent - a été pour moi une révélation. Ces textes courts, qui développent en nous des images inoubliables, cette violence et cette ironie, la finesse de cette sensibilité : tout impressionne. Bien souvent ces poèmes parviennent à nous donner à la fois l'impression qu'ils ont été écrits d'une traite et qu'ils ont été extrêmement travaillés. Les paradoxes s’enchaînent, brouillent les pistes, font émerger un sens démultiplié. Et l'émotion pointe le bout de son nez.

Un poème comme Les yeux des pauvres ou La chambre double peut donner lieu à des heures de rêveries délicieuses. A des études extrêmement poussées aussi, comme en témoigneront les étudiants en Lettres ;) Mais de toute façon, ces poèmes ne laissent pas indifférent. Il sont l'oeuvre d'un esprit étrange et paradoxal, et le fait d'entrevoir la virtuosité de cet esprit au travers de ses textes donne déjà le vertige. Le Spleen de Paris, c'est un recueil que l'on peut relire toute sa vie durant sans jamais se lasser.  

Baudelaire, poète des laissés pour compte

Baudelaire a décrit la misère et la pauvreté à Paris ; la pauvreté intellectuelle également, la stupidité, et en particulier la stupidité qui s'ignore, qui lui était particulièrement odieuse. Dans certains poèmes du Spleen de Paris, c'est le poète justicier qui prend la plume. La scène du poème Le Gâteau est d'une violence incomparable, violence d'enfants poussés par la misère à se disputer un bout de pain jusqu'à la dernière miette. Le visage même de ces enfants semble sorti d'un film d'horreur, tant la pauvreté enlaidit. 

Le poème Le miroir est d'un autre registre : il se fait en quelques lignes et sur le ton de l'anecdote, le critique ironique et sévère de la société contemporaine. Cet "homme épouvantable" qui réaffirme avec fatuité son "droit à se mirer", c'est la société de droit et les "principes de 89" tournés en ridicule. Assommons les pauvres !, c'est le cri de la délivrance, la volonté d'extraire les pauvres de la soumission et de la honte : d'en faire nos égaux. Baudelaire justicier et critique de son temps : venez le rencontrer dans ses poèmes en prose !  Retrouvez Les Petits poèmes en prose chez Gallimardhttp://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Poesie-Gallimard/Le-Spleen-de-Paris

Lucie Laval dans Lieux d'écriture.
- 2631 lectures - mention j'aime

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies. En savoir plus.