Etienne de la Boétie et Michel de Montaigne

La Boétie et Montaigne : une indéfectible amitié

Le 9 août 1563, Etienne de la Boétie tombe brutalement malade de ce qui semble avoir été une dysenterie. Il meurt 10 jours plus tard. C'est pour Michel de Montaigne son idéal d'amitié qui s'écroule. L'amitié, lieu commun en littérature, connait entre les pages de ces deux auteurs un climax sans précédent.

Etienne de la Boétie naît en 1530 à Sarlat et est en grande partie élevé par son oncle après la mort de son père. Passionné de philologie antique, il se lance dans des études de droit et fait parler de lui à l'âge de 18 ans lorsqu'il écrit son Discours de la servitude volontaire - Montaigne lui-même, suite à la lecture de ce texte, émet le souhait de le rencontrer. C'est une révélation : les deux hommes s'entendent immédiatement et vivent ces échanges comme la connexion de deux esprits supérieurs (au sens positif du terme) provoquant une véritable émulation intellectuelle et affective. La fin de cette relation d'amitié est vécue par Michel de Montaigne comme  une tragédie. 

Michel de Montaigne sur La Boétie

Dans ses Essais, Michel de Montaigne consacre un chapitre entier à l'amitié, où il parle librement de son amitié avec Etienne de la Boétie. En voici l'exemple le plus connu : « Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ne sont qu’accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité par le moyen de laquelle nos âmes s’entretiennent. En l’amitié de quoi je parle, elles se mêlent et se confondent l’une en l’autre, d’un mélange si universel qu’elles s’effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si l’on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi ».  Michel de Montaigne décrit même les circonstances de leur rencontre et l'origine de leur attachement : "Nous nous cherchions avant que de nous être vus et par les rapports que nous oyions l’un de l’autre qui faisaient en notre affection plus d’efforts que ne le porte la raison des rapports, je crois par quelque ordonnance du ciel ; nous nous embrassions par nos noms. Et à notre première rencontre, qui fut par hasard en une grande fête et compagnie de ville, nous nous trouvâmes si pris, si connus, si obligés entre nous que rien dès lors ne nous fut si proches que l’un à l’autre." Une amitié que rien ne pouvait briser excepté la Mort. 

Etienne de la Boétie sur l'amitié

Déjà dans son Discours de la servitude volontaire Etienne de la Boétie, du haut de ses 18 ans, propose une vision bien définie et peut-être idéalisée de l'amitié : "L’amitié, c’est un nom sacré, c’est une chose sainte : elle ne se met jamais qu’entre gens de bien et ne se prend que par mutuelle estime, elle s’entretient non pas tant par bienfaits que par bonne vie. Ce qui rend un ami assuré de l’autre, c’est la connaissance qu’il a de son intégrité : les répondants qu’il en a c’est son bon naturel, la foi et la constance."

Un idéal qu'il put (quelle chance !) réaliser suite à sa rencontre avec Michel de Montaigne. Un idéal d'amitié que je lui envierais si je n'avais pas, moi aussi, la chance d'entretenir depuis de nombreuses années une merveilleuse amitié. Pensée pour toi, F. M.  

Lucie Laval dans Lieux d'écriture.
- 2071 lectures - mention j'aime

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies. En savoir plus.