La Fontaine faisait-il du plagiat ?

Ce texte est une réponse à Les Fables et La Fontaine de Lucie Laval.

Origines des Fables de La Fontaine

Comme vous le savez peut-être, La Fontaine n'a pas inventé les Fables qui l'ont rendu si célèbre. Il s'est inspiré de nombreux fabulistes célèbres tels qu’Ésope bien sûr, mais aussi Phèdre, Horace, Marie de France et plusieurs autres. Les fables d’Ésope en particulier étaient très en vogue : cet esclave Grec ayant vécu au VIème siècle avant J.C. est d'ailleurs considéré comme le "Père de la Fable" en tant que genre littéraire. 

Ainsi des fables aussi connues que Le Corbeau et le Renard et Le Lièvre et la Tortue ont en réalité été inventée par Ésope.  Et cela, La Fontaine ne s'en cachait nullement, c'était chose connue de tout le monde. Alors, La Fontaine était-il un plagiaire ?!

Les Fables : des exercices de bachotage

La Fontaine : Plagiaire avant-gardiste

Pour répondre à cette épineuse question, précisons tout d'abord que la notion de plagiat apparaît pour la première fois en 1697, deux ans après la mort de La Fontaine. Donc soit notre fabuliste était précurseur, soit on ne peut pas l'associer à une notion qui n'existait pas encore. D'ailleurs le verbe plagier n'apparaît à son tour qu'en 1801. Le plagiaire désigne quelqu'un qui cherche à s'approprier le travail d'autrui en se faisant passer pour l'auteur originel de l'oeuvre. Or ce n'est pas du tout le cas de La Fontaine. 

Les Fables : supports pédagogiques

Au XVIIème siècle, le genre de la fable connaît un nouvel essor et les recueils se multiplient. Parallèlement à cela, les fables (celles d’Ésope en particulier) sont utilisées dans les "cahier d'exercices" de l'époque. Elles servent de support aux jeunes étudiants pour apprendre les rudiments de la grammaire, de la syntaxe et de la littérature. Ainsi la fable constituait le "récit de base" que l'étudiant avait pour consigne de transposer au passé simple, à la première personne du singulier, au point de vue interne... Les fables avaient donc une grande place dans l'éducation des jeunes et il est probable que La Fontaine et toute sa génération y avaient été familiarisés tout au long de leur jeunesse et de leurs études. C'était le bachotage de l'époque !

Réécriture des Fables

La Fontaine s'est donc emparé de ces courts récits qui étaient à l'époque extrêmement familiers à tout un chacun, pour en faire des petits bijoux de littérature. Du temps de notre fabuliste il était tout à fait naturel de s'inspirer des grands auteurs des siècles précédents, et La Fontaine n'a jamais prétendu les avoir inventées. C'est donc par son talent de versificateur et de conteur qu'il s'est démarqué, et c'est ce talent qui a été universellement reconnu. Pas de lézard donc !

La Fontaine fabuliste de talent

La Fontaine n'était donc pas plagiaire et a été consacré à juste titre pour son talent et sa virtuosité. Il donne dans ses fables une grande place aux dialogues, ce qui contribue à les rendre extrêmement vivantes et originales. Son ironie et son humour d'une grande finesse donnent également un charme fou à ces petites fables, dont la morale n'est jamais d'une austérité à vous couper l'envie de lire. Car il est extrêmement difficile de donner vie à une oeuvre morale sans être absolument rébarbatif, surtout quand cette oeuvre est destinée à la jeunesse. Cela constitue pour moi un double coup de maître... 

Lucie Laval dans Lieux d'écriture.
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