Les pleurs du vent - Medoruma Shun

Les pleurs du vents - récit de la tyrannie d'un crâne

Les pleurs du vent est un court roman de Medoruma Shun paru aux Editions Zulma, qui évoque à la fois furtivement et de façon très poignante les traces laissées par la bataille d'Okinawa chez trois générations d'habitants de l'île où eut lieu ce funeste carnage pendant plus de quatre-vingt jours en 1945. Plus de 77000 morts chez les soldats japonais, dont de nombreux kamikazes, et jusqu'à 150000 civils tués. Malgré cela, le récit commence sur un jeu d'enfants.

Dans un village isolé de l'île, un groupe d'enfants s'amuse. Puis ils entendent les pleurs du vent : il s'agit d'un crâne perché au sommet d'un ossuaire sacré qui surplombe le village et qui émet un son très particulier, comme une plainte, lorsque le vent souffle depuis la mer. Ce crâne règne sur le village comme un despote et le simple fait d'entendre les pleurs du vent est perçu comme un mauvais présage. Un des enfants décide d'escalader l'ancien escalier écroulé pour aller déposer à côté du crâne un bocal dans lequel flotte un poisson juste pêché. Un geste qui va réveiller les douleurs du passé...

Le traumatisme d'Okinawa

Deux journalistes arrivent au même moment au village pour tourner un reportage sur ce fameux crâne et rappeler les détails de la tristement célèbre bataille d'Okinawa. Seikichi, le père du téméraire petit garçon dont je viens de vous parler, s'oppose fermement au projet, au nom du respect des traditions et de l'espace sacré que représente l'ossuaire. Mais est-ce vraiment la raison pour laquelle il souhaite faire avorter le reportage ? 

Ne serait-ce pas plutôt lié à l'identité du cadavre qui repose là-haut depuis tout ce temps ? Quant au journaliste, pourquoi cache-t-il qu'il était également présent dans les environs lorsque la bataille faisait rage ? Pourquoi est-il revenu ? Comment a-t-il survécu ? Comment ont-ils tous survécu ? Aux dépends de qui... ? Autant de questions à demi soulevées qui montrent que le traumatisme, bien des années plus tard, a laissé une plaie béante dans les cœurs de ces Japonais. Une blessure qui se transmet de génération en génération, de père en fils et de crâne en village... 

Medoruma Shun : pépite de la littérature japonaise

Ce récit est un livre relativement court qui se lit très rapidement et qui donne pourtant l'impression de s'être ouvert à une culture, à une douleur et à une poésie extrêmement vastes. La plume de Medoruma Shun est à la fois efficace, inattendue et poétique, elle survole les hantises de chaque personnage avec bienveillance. Une très douce découverte que je vous recommande. 



Pour en savoir plus sur Les pleurs du vent  de Medoruma Shun : http://img11.hostingpics.net/pics/197115pleursduvent.jpg

Lucie Laval dans Lieux d'écriture.
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