Les poètes du Chat Noir

Le mythique Chat Noir de Monmartre

Sans nul doute que le Chat Noir  fut un lieu d’écriture sans précédents… non seulement le cabaret montmartrois, mais aussi le journal, fondé par Rodolphe Salis, et qui publia les écrits divers et variés des plus originaux hommes de lettres de la fin du XIXème siècle : Alphonse Allais, Jean Lorrain, Paul Verlaine, Villiers de l’Isle-Adam, Stéphane Mallarmé, Erik Satie…

Le chat poète(s)

    Nous retrouvons tous ces joyeux (ou mélancoliques, ou désabusés, ou fous-furieux) poètes-chansonniers au sein d’un joli petit ouvrage chez Poésie / Gallimard : Les Poètes du Chat Noir, présentation et choix d’André Velter. Certes, bon nombre de ces illustres bardes fin de siècle ont aujourd’hui disparu de la conversation de tous les jours… Ils ne font plus la une des journaux c’est sûr, et c’est pourquoi il est bien agréable de les voir apparaître de temps à autres au détour d’une publication ou d’une chronique éphémère.

    Le Chat Noir comme lieu d’écriture, lieu de lettres en tous les cas : les poètes et chansonniers les plus en vue venaient au fameux cabaret boire des coups et réciter des verres sans manquer de saluer le crâne de Louis XIV enfant qui trônait sur la cheminée. Écriture et réécriture même, puisque la tradition orale qu’encourageait ce cabaret amenait des innovations fréquentes dans les couplets les plus connus. Salis s’était ainsi approprié un poème « de jeunesse » de Mallarmé qu’il récitait de façon délibérément approximative au gré des bocks et des jeux d’ombres étranges qui se déroulaient sur scène. Cette curieuse émulation se traduisait par la publication d’un journal tout à fait anticonformiste, enthousiaste et mystificateur : Salis lui-même y fit annoncer un jour sa propre mort et convia la foule à ses funérailles… au cabaret du Chat Noir, ouvert à cette occasion pour cause de décès.

Focus sur deux poètes oubliés

    Dans la production très hétéroclite du Chat Noir, deux poèmes ont particulièrement attiré mon attention, parce qu’ils illustrent de façon différente l’atmosphère du phénomène Chat Noir et parce qu’ils sont tous deux profondément émouvants – ce me semble. Les Loupiots d’Aristide Bruant et Noctambulisme, Fantaisie en mode mineur, de Gabriel Montoya.

Quelles visions ! Des enfants misérables et nus dans des ruelles glauques et Paris hanté de noctambules alors que la nuit s’avance : un portrait de Montmartre comme on peine à l’imaginer de nos jours… Soudain, une rumeur, du bruit, des cris et des éclats de rire. Nous arrivons rue Victor-Massé, approchons du numéro 12… Le Chat Noir est là, la foule se presse sur le trottoir, la misère s’efface et laisse place à la gouaille des poètes de Montmartre. Les poètes chatnoiresques. Mais ce n'est plus qu'un souvenir...

Lucie Laval dans Lieux d'écriture.
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