Perte d'auréole par Charles Baudelaire

Ce texte est une réponse à Baudelaire et Le Spleen de Paris de Lucie Laval.

Charles Baudelaire : poète du macadam

Si vous avez déjà lu ma chronique sur le Spleen de Paris (Petits poèmes en prose) de notre cher poète du mois, vous saurez qu'il s'agit du recueil de Baudelaire d'où est issu le poème Perte d'Auréole. Ce poème est un de mes préférés de Baudelaire. "Tout à l’heure, comme je traversais le boulevard, en grande hâte, et que je sautillais dans la boue, à travers ce chaos mouvant où la mort arrive au galop de tous les côtés à la fois, mon auréole, dans un mouvement brusque, a glissé de ma tête dans la fange du macadam."

Cette histoire - car il s'agit à la fois d'un poème, d'une histoire, d'une aventure et d'un changement d'identité - cette histoire abrite donc au sein de quelques lignes seulement toute la féroce ironie de Baudelaire. Ces cibles : les poètes en premier lieu, les saints, les anges, toutes ces créatures idéalisées se retrouvent "dans la fange du macadam" ; et elles n'en sont que plus majestueuses. 

Le poète mauvais garçon

Cet ange ou ce poète affirme à son ami que suite à sa perte d'auréole, il souhaite se "livrer à la crapule", autrement dit enchaîner et favoriser les pires actions, devenir un véritable mauvais garçon. Le poète angélique est révolu : c'est le poète crapule qui s'impose. Le poète drogué, bohème, inconvenant, ordurier. Le poète qui a fait couler tant d'encre avec La Charogne, Lesbos et Les femmes damnées. Le poète au ban de la société

Finalement, le fait de désacraliser le poète est sûrement une bonne chose : cela lui permet de rester incognito. L'incognito, pour le poète, c'est idéal pour pouvoir traîner dans tous les recoins mal famés de Paris, découvrir l'humanité la plus vile et la plus misérable et d'écrire sur cette misère, sur ce vice (qui est souvent celui des plus riches). Ainsi le poète crapule, c'est aussi celui qui observe et qui dénonce, de sa plume acérée, les abus de la société.  

Le poète perdant les insignes de sa gloire

Dans Perte d'auréole, tout est dans le titre. Le "buveur de quintessences" a perdu les insignes de sa gloire désormais passée. Et cela le libère d'un sacré poids (c'est le cas de le dire) ! D'autant qu'avec un peu de chance, nous dit le poète, cette perte d'auréole mènera au rire : "Ensuite je pense avec joie que quelque mauvais poète la ramassera et s’en coiffera impudemment. Faire un heureux, quelle jouissance ! et surtout un heureux qui me fera rire ! Pensez à X, ou à Z ! Hein ! comme ce sera drôle ! »

Tu parles, Charles. il y'en a tant qui voudraient se montrer avec l'auréole de Baudelaire ! Et comme ce serait drôle en effet... Pour lire le poème Perte d'Auréole sur Wikisourcehttps://fr.wikisource.org/wiki/Perte_d%E2%80%99aur%C3%A9ole

Lucie Laval dans Lieux d'écriture.
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