A la rencontre de Francographies !

Connaissez-vous le projet associatif Francographies ?  C'est une équipe de passionnées qui s'est lancée dans la promotion de la littérature francophone. Elles ont choisi de mettre au centre de leur démarche la littérature francophone et non la littérature française, pour nous offrir un nouveau point de vue, un nouvel angle d'attaque. Nous pouvons découvrir sur leur site de nombreuses critiques de livres ainsi que l'actualité des maisons d'édition francophones hors hexagone... Une jolie manière de redécouvrir la langue française à travers l'exotisme de ces pays de la francophonie à la fois si lointains et si proches de nous !

Francographies - Interview

Francographies, qu'est-ce que c'est ?

Francographies, c'est une association dédiée à la promotion des littératures francophones. L'idée, c'est de rendre visibles les maisons d'édition situées hors de l'hexagone et de relayer leurs actus par le biais d'un site internet : www.francographies.com

Pourquoi avoir choisi ce nom ?

On voulait trouver un nom qui renvoie à la pluralité des écritures en français, qui rende compte de la diversité des littératures en langue française, d'où l'association des termes "franco" et "graphies". Le pluriel est très important pour nous… Ce terme existe dans les études liées aux littératures francophones. Il nous a semblé pertinent pour illustrer notre projet.

Pouvez-vous nous présenter l'équipe de Francographies ? 

Derrière Francographies, il y a d'abord cinq amies. Chacune d'entre nous apporte ses compétences pour faire vivre le projet. Juline et Marie sont des littéraires (profs et chercheuses en littérature). Nadine et Jessica ont davantage la fibre commerciale. Et moi, je m'intéresse à tout ce qui touche au web et à la documentation.

Dans quelles circonstances est né ce projet ?

 Nous avons commencé à travailler sur ce projet en février 2014, sous l’impulsion de Juline. La question de départ était simple : pourquoi est-ce si difficile de trouver des publications francophones éditées hors de l’hexagone ? Au fil des discussions - et il y en a eu beaucoup ! - on s’est rendu compte qu’il n’existait pas de site répertoriant toutes les maisons d’éditions francophones ; qu’un lecteur belge, algérien ou tunisien ne savait pas forcément ce qui était publié au Congo, au Québec ou en Suisse… C’est comme ça que que le projet a pris forme : l’envie de créer un site qui ne nie pas les singularités de chacun de ces espaces francophones mais qui unit leurs forces. Une façon pour nous de participer à cet élan de bibliodiversité, engagé depuis quelques années notamment par les regroupements d'éditeurs et de libraires.

Pour vous, que représente la notion de Francophonie en littérature ?

On pourrait débattre des heures sur ce que représente la notion de “francophonie”. Pour le dire simplement, est francophone celui qui s’exprime en français. Mais la notion même de “francophonie” n’est pas satisfaisante. En creux, on peut y voir une survivance du colonialisme alors qu’au fond, la littérature française est une littérature francophone comme une autre. En revanche, si l’on passe du singulier au pluriel, on en fait une notion plus riche et plus constructive.

Parlez-nous de votre slogan : "Et si le centre n'était plus au centre ?"

Dans le milieu de l'édition, on considère souvent que tout se passe à Paris : grandes maisons d'édition, écrivains prestigieux... Or, en posant cette question, nous voulons montrer que même ailleurs, il y a des ouvrages de qualité et des acteurs du livre dynamiques et créatifs. En adoptant une posture différente, nous voulons sensibiliser les lecteurs à cette question et les inviter à découvrir par eux-mêmes ce qui s'écrit par-delà les frontières.

Mis à part quelques libraires militants, on trouve toujours les mêmes maisons d’édition dans les librairies. C’est dommage… Il en existe tellement d’autres qui publient des livres méritant d’être lus. Bien sûr, l’idéal serait de mettre aussi en avant les autres, françaises, qui souffrent également d’un manque de visibilité (entendons-nous, par rapport à Gallimard, Flammarion, etc.) mais il nous a fallu faire un choix. En somme, nous aimerions que les textes ne circulent pas toujours dans le même sens.  



  

Quels auteurs nous conseilleriez-vous ? 

Sophie
J'adore la BD donc je citerai un auteur québécois, Michel Rabagliati et sa série Paul en appartement, au Québec, à la pêche
(http://bit.ly/1pAUtk4).
Marie
Les romans, la poésie et le théâtre sont présents en nombre sur le site, il y en a pour des heures de lecture et c'est super. Cela dit, la création de ce site a aussi été pour moi l'occasion de découvrir des univers qui m'étaient totalement inconnus. C'est le cas des albums pour enfants et particulièrement de ce texte de Maud Roegiers (http://bit.ly/1XUd6v4).Le sujet est difficile mais son travail sur les mots et les images est vraiment beau, bouleversant.
Juline
Des auteurs ? Il y en a plusieurs. Actuellement, j'ai très envie de lire la réédition solidaire de La Saison de L'ombre de Léonora Miano (http://bit.ly/1XUd9qG). Je l’ai découverte grâce au site et à la très belle maison d’édition québécoise, Mémoire d’encrier. Elle a dirigé il y a peu un recueil de nouvelles sur la sensualité et le désir féminins qui se nomme Volcaniques, une anthologie du plaisir (http://bit.ly/26qMUOv). Je conseille vivement cette lecture et plus généralement tous les ouvrages publiés par Mémoire d’encrier : ils sont vraiment de qualité. 
Nadine
L’aventure Francographies permet de s’ouvrir à de nouveaux horizons littéraires, de découvrir ou de redécouvrir une multitude d’auteurs francophones et de mieux comprendre les francophonies dans leur pluralité. Comme, par exemple, à travers l’essai collectif Esprit Frantz Fanon (http://bit.ly/21e7EVV) ou encore avec Congo d'Alain Mabanckou (http://bit.ly/1XUdmtX) et enfin Les gouverneurs de la rosée de Jacques Roumain qui a été pour moi un rare moment d'émotion littéraire.
Jess
J’ai un faible pour Wajdi Mouawad, que j’ai découvert avec sa trilogie Littoral / Incendies / Forêt puis avec le roman Anima. Il a même fait un album pour enfants, La petite pieuvre qui voulait jouer du piano (http://bit.ly/1qOXz4V). 

Quels seront vos temps forts pour 2016 ?

La priorité numéro 1, c'est de publier davantage de chroniques rédigées par notre équipe de contributeurs. D’ailleurs, si certains lecteurs souhaitent nous transmettre leurs chroniques, ces dernières sont les bienvenues car même si nos chroniqueurs sont très actifs, il y a tellement de livres… Nous cherchons également de plus en plus à souligner nos coups de cœur et à publier des textes inédits comme les nouvelles de Blaise Ndala (http://bit.ly/24hfD6e). Nous travaillons également à la prochaine version du site, on a déjà plein d'idées, mais pour cela il nous faut des fonds ! Si vous voulez soutenir notre projet, n'hésitez pas à devenir adhérents !

Une petite citation pour terminer ? 

“Ce qui s’appelle ici « francographies » est le lieu de nombreux paradoxes, car ‘’les subalternes’’ d’hier, empruntant les voies traversières du transculturalisme, ont su opérer les retournements nécessaires pour sauvegarder, après les guerres, des accès spécifiques à d’autres mondes, à d’autres histoires, à d’autres imaginaires ; des accès dont ‘’les impériales’’ d’hier continuent de tirer profit. Cependant, il y a lieu de convertir ces paradoxes en vases communicants. Les « francographies » régénèrent les valeurs positives de l’Europe en les mettant à l’épreuve de diverses civilisations et généalogies esthétiques. Les écrits, lieux mémoriels de longues traditions qui viennent d’autres rives, se sont donné pour tâche de créer des liens entre les sociétés.” Beïda Chikhi.

Lucie Laval dans Littérature Etrangère.
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