Croc Blanc : La sauvagerie apprivoisée

Ce texte est une réponse à La correspondance en voie d'extinction ? de Lucie Laval.
C'était il y a deux jours, le 12 janvier, l'anniversaire de Jack London, né en 1876. J'avais donc prévu, pour célébrer cet illustre événement, de lire Croc Blanc et de le chroniquer, pensant que ce serait quelque chose de "vite fait bien fait". Mais on ne lit pas Croc Blanc en une soirée, on le lit en trois soirs bien comptés. C'est pourquoi cette chronique a deux jours de retard. Mais malgré cela, je tenais à fêter un joyeux anniversaire à Jack London en vous parlant de ce qui est sans doute son ouvrage le plus connu. 

Un roman qui commence fort

Les premières scènes de Croc Blanc sont tout à fait inoubliables. Deux hommes escortent sur un traîneau tiré par des chiens en plein blizzard le cercueil d'un troisième homme. C'est l'hiver, la neige recouvre tout, le froid est sans pitié. Ils sont rapidement pris en chasse par une meute de loups, et sont de surcroît à court de munitions. La nuit les loups les encerclent et ne sont tenus à distance que par la lumière menaçante du feu. De nuit en nuit, les deux hommes s'aperçoivent que certains de leurs chiens disparaissent... C'est une louve qui les attire hors de la protection du feu et des hommes pour permettre à la meute de les dévorer. 

Nous commençons alors à nous familiariser avec l'intelligence des loups et une vérité se fait jour : un loup est prêt à tout pour survivre... Les deux hommes remarquent que la louve en question sait quand ils donnent à manger aux chiens, quand il dorment, quand il faut attaquer, quand il faut se cacher... Un à un, tous leurs chiens sont dévorés. Un des deux hommes perd patience et devient à son tour de la pâtée pour loups. Le deuxième homme ne s'en sort que de justesse. Et cette louve diabolique n'est autre que... la mère de Croc Blanc.

Un faux air de documentaire animalier

Suite à l'épisode de la traque, Jack London nous invite à suivre la Louve et nous raconte pas à pas comment elle donne naissance à Croc Blanc. C'est le seul passage du roman qui ne m'a pas complètement séduite... parce qu'on a vaguement l'impression de lire la description d'un documentaire animalier. C'est très bien écrit, très réaliste, assez émouvant... et pourtant j'étais un peu mal à l'aise de lire ces descriptions qui me rappelaient un peu la voix masculine et théâtrale qui accompagne systématiquement les documentaires sur Arte. Mais peu importe... ce petit malaise me passa vite.

Croc Blanc : entre chien et loup

Croc Blanc doit mener de rudes combats pour survivre. Il doit faire face, dans le village d'indiens où il a été capturé avec sa mère, à l'hostilité des chiens et à la cruauté des hommes. Mais le pire des combats est un combat intérieur : la lutte entre son héritage de loup et son "quart" de race chien. Car la louve était d'origine mixte, née de mère chienne et de père loup. Le père de Croc Blanc étant loup, ce dernier est donc aux trois quarts un loup avec un quart "chien". J'ai trouvé particulièrement fascinante la façon dont Jack London présente et analyse cette lutte intérieure que connaît Croc Blanc. Toujours tenté par la liberté, il reste cependant fidèle à des maîtres tout en en haïssant certains. C'est finalement sa partie "chien" qui prend toujours le dessus, bien souvent à ses dépends...

Le triomphe de l'amour 

Les trois quarts du roman nous montrent Croc Blanc subissant la haine de tous ceux qui l'entourent, et haïssant en retour tous les êtres qu'il côtoie. Un homme surnommé Beauty Smith (en hommage à son inquiétante laideur) va même jusqu'à enfermer Croc Blanc dans une cage pour lui faire faire des combats de chiens. C'est lors d'un combat qui tourne mal qu'un homme intervient soudain pour faire cesser le carnage. Croc Blanc est alors en piètre posture, avec les mâchoires d'un Bulldog solidement accrochées à sa gorge. Ce nouveau maître va faire découvrir à Croc Blanc la douceur, les caresses et l'amour. Et Jack London nous montre alors de façon magistrale tout ce qu'un loup peut être capable de faire pour défendre un maître qu'il aime... Un roman magnifique.

Lucie Laval dans Littérature Etrangère.
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