Kimberley Cutter - The Maid

ÉCRIRE LA LÉGENDE

Tous les petits Français connaissent l'histoire de Jeanne d'Arc. Elle est si différente de tous ces chevaliers que sa figure se détache des livres d'histoire. Petite fille, je me souviens m'être identifiée à Jeanne car elle était fille quand toutes ces reines étaient femmes et tous ces héros étaient hommes. Je me souviens avoir été fière que l'histoire de mon pays ait pris un tournant décisif grâce, en partie, à cette petite paysanne de rien qui voulait une France toute. 
 
Je pense qu’il faut avoir beaucoup de talent et de confiance en soi pour écrire l'histoire de Jeanne d’Arc, car la seule chose qui manque à cette histoire, c'est un style. Malheureusement, je sais désormais que Kimberley Cutter ne dispose que de l’une de ces deux qualités et non la meilleure.
 

ELLE EST OÙ, JEÂÂÂNNE ?

J’ai peu de choses à dire au sujet de l’histoire elle-même puisque Kimberley a suivi religieusement l’histoire de Jeanne. J’admets que lire ce livre m’a d’ailleurs permis d’en apprendre plus sur Jeanne d’Arc car en dépit de mon intérêt naturel pour elle, au-delà de la Pucelle d’Orléans, du couronnement du roi et du bûcher de Rouen, je n’avais pas cherché beaucoup plus loin. Cela étant dit, la page Wikipédia de Jeanne d’Arc vous en apprendra tout autant et ce, sans niaiserie.
 
Le personnage de Jeanne n’est pas niais mais il ne me convainc pas. Kimberley Cutter a voulu la montrer invincible quand Dieu est avec elle et fragile quand elle se sent seule. Elle a aussi fait de Jeanne une créature de désir et soumise à la tentation. Si l’on peut saluer l’idée de rappeler que Jeanne était avant tout humaine, on peut également déplorer le manque de subtilité de l’auteur qui nous pousse à soupirer lorsque le troisième homme qui côtoie Jeanne de près la regarde – comme les deux autres avant lui – avec des yeux empreints de désir. Et ne parlons pas des multiples : « où êtes-vous, mes voix ? Pourquoi ne répondez-vous plus ? ». Le personnage qu’a construit Kimberley Cutter n’est pas inintéressant  mais je n’ai pas réussi à m’y attacher en dépit de toute mon affection pour cette légende.

 

UNE ERREUR, DEUX ERREURS, TROIS ERREURS...

Je suppose que c’est l’un des dangers lorsque l’on donne vie à une légende si connue : les avis risquent d’être tranchés selon que le récit correspond ou non à nos attentes. Or, le ton que Kimberley a choisi d’adopter ne passe pas. Les Saints, par exemple, s’expriment comme une mère-poule à son enfant, la pire étant Marguerite : « Listen now, Darling », « Learn to ride, little one », « Hurry, cabbage […] Be brave, lamb ». Non. Juste non. Il est impossible pour moi qu'un ange s'adresse à une figure légendaire comme Jeanne d'Arc pour lui dire « Dépêche-toi, mon canard adoré » ou « Allez chaton ».

 L’autre chose qui m’agace énormément est l’utilisation du français. Kimberley a sans doute pensé que ce serait terriblement charmant (ou plutôt « sooo charming ») de saupoudrer de termes français son récit. Cela marche sans doute auprès des anglophones - le public cible de Kimberley sans aucun doute possible - mais… « At the top of the hill, he’d take her to where the little fraises du bois grew in the green and white sunlight at the edge of the forest ». Et je ne parle pas non plus des couleuvriniers qui ont malheureusement perdu leur ‘i’ dans la bataille d’Orléans : « She looked at the boy who stood behind the culverin. The couleuvriner ». Je pourrais éventuellement lui pardonner sa petite crise d’hubris si seulement elle prenait la peine de vérifier l’orthographe des mots qu’elle choisit ! 

Enfin, il y a quelques incohérences historiques amusantes : par exemple, lorsque Jeanne assiste à l’exécution d’une sorcière, une marchande vend des « baked potatoes » au bas de l’estrade. Il s’agit là d’une marchande particulièrement sagace, puisque lorsque Jeanne mourra en 1431, la pomme de terre n’avait pas encore fait son apparition en France. Petite anecdote : lorsqu'elle le fera, elle portera alors les délicieux noms de ‘truffole’ ou de ‘cartoufle’.

Voilà donc ce que je reproche à Kimberley Cutter : de n’avoir pas assez creusé son sujet et d’avoir écorné une histoire formidable avec un style ronflant et manquant de sincérité. Dommage… 


Références : The Maid, by Kimberley Cutter
Où le trouver ? Au bûcher

Bee dans Littérature Etrangère.
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